Jean-Hugues Roy

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Le Devoir : plus important profit trimestriel depuis 2010

Il y avait longtemps qu’on n’avait pas eu d’aussi bonnes nouvelles au Devoir. Le quotidien a rendu publics hier après-midi ses documents financiers pour l’année 2015. Les résultats du dernier trimestre de l’année sont particulièrement spectaculaires. Le bénéfice net y a été de 558 000 $, ce qui est le plus important profit trimestriel depuis 2010! C’est même le troisième plus important profit trimestriel de l’histoire récente du journal :

Le graphique du chiffre d’affaires est moins impressionnant. Mais 2015 vient quand même briser une tendance à la baisse qui s’était amorcée en 2012 :

Quand on regarde les états financiers de plus près, on constate que la situation reste préoccupante. Le chiffre d’affaires réel de l’année 2015 a diminué de 3,7% par rapport à celui de 2014. L’année s’est malgré tout conclue par un mince profit de 50 771 $. Le nouveau directeur (et, soyons transparents, provisoirement collègue à l’École des médias de l’UQAM), Brian Myles, l’a reconnu: cette bonne performance tient essentiellement aux dons de 360 099 $ reçus pendant l’année grâce au Fonds des grands amis du Devoir.

EtatsFinDevoir2015

Quelque 200 «Grands amis» se sont engagés à verser 1 000 $ par année pendant trois ans. D’autres donateurs ont contribué ponctuellement.

Il faudra voir si Le Devoir réussira à maintenir, voire faire augmenter, cette source de revenus qui demeure une forme de sociofinancement. S’il y a un journal, au Québec, qui peut compter sur ses lecteurs, c’est bien Le Devoir.

Reste que les dons, si généreux soient-ils, ne représentent que 2,16% des dépenses du quotidien de la rue de Bleury. Cela ne permet au journal de financer que huit jours d’activité… Sept jours, 21 heures et sept minutes pour être plus précis.

Malgré tout, il y a d’autres signes de santé, dans les documents. Notamment, la remontée spectaculaire des liquidités du journal, en hausse de 43% par rapport à l’année précédente.

EncaisseDevoir2015

Il y a une réflexion urgente à faire sur le financement des médias. La ministre de la Culture, Hélène David, vient d’écarter un soutien à la presse écrite. C’est malheureux. Mais pas étonnant. Un soutien aux médias, ce n’est pas qu’un soutien à la culture. C’est avant tout un soutien à la démocratie. Ça relève de la ministre responsable des Institutions démocratiques. Je dirais même que ça relève carrément du Premier ministre À bien y penser, ça relève de toute l’Assemblée nationale. Si le gouvernement verse des allocations aux partis politiques pour favoriser une démocratie saine, la même logique commande également de financer les médias, car ils sont l’huile à moteur de la démocratie.

«Qu’attend l’État québécois pour soutenir la presse indépendante?», demandait le directeur Myles, début avril. Il présentait d’autres idées que Québec (et Ottawa) pourrait implanter: crédit d’impôts aux dons que les citoyens font à des médias; exemption de la TVQ; retrait de la taxe sur le recyclage. Mais ces mesures sembleraient dérisoires puisque Le Devoir n’a payé que 142 000 $ en taxes (on parle bien de taxes, non d’impôt) en 2015. Il faudrait les compléter par un soutien direct aux médias.

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