2. LES RESSOURCES DU CYBER-REPORTER


Tannés de lire sur l'autoroute électronique en termes abstraits et théoriques? Voici enfin du concret, du pratique. Si vous vous êtes branché selon l'une ou l'autre des méthodes expliquées le mois précédent, vous vous demandez certainement à quoi ce joli jouet qu'est l'Internet peut-il bien vous servir. Énumérer toutes les ressources accessibles dans l'univers du Net serait trop long. Mais voici quand même un aperçu, incomplet, j'en conviens, de quelques-uns des outils les plus pratiques du Net.

Listes d'envois et conférences

On a vu, dans le dernier numéro, qu'un accès minimal à l'Internet offrait le courrier électronique et les conférences (newsgroups) du réseau UseNet. Eh bien déjà là, le journaliste peut avoir accès des sources d'information uniques.

Il y a en effet moyen de s'abonner , par e-mail, à ce qu'on appelle des listservs, des listes d'envois électroniques sur un tas de sujets donnés. Pour les artisans des médias, il en existe plusieurs dont les plus connues sont:

Sachez aussi qu'il y a des listservs sur tous les sujets possibles et imaginables. N'importe quel livre de ressources sur l'Internet peut vous guider dans vos besoins. Si vous êtes journaliste spécialisé en économie et que la rétrocession de Hong Kong à la Chine vous intéresse, par exemple, essayez la liste Hong Kong News en communiquant avec request@ahkcus.org!

Un autre moyen de glaner de l'information, moins précis que les listservs, cependant, est de consulter l'une ou l'autre des quelque 10 000 conférences du réseau UseNet. L'une d'entre elles, alt.journalism, est une espèce de méga -30- électronique. On y discute de tout ce qui peut toucher le métier, avec des exemple surtout américains, bien que le cas Charles David, par exemple, y ait déjà été mentionné.

La connection totale

Si vous avec un compte étudiant (gratuit) ou un compte commercial (payant) sur le Net, vous avez normalement accès à toutes les prouesses de l'Internet. Parmi les trucs utiles pour les journalistes, il y a ce qu'on appelle le ftp (File Transfer Protocol). Le ftp vous permet transférer sur votre ordinateur des fichiers qui sont contenus dans le disque dur d'un autre ordinateur relié à l'Internet. Par exemple, dans le cadre d'un récent article sur la drogue à Montréal, j'ai transféré des dizaines de documents d'information générale sur les dopes nootropes (ecstasy et consorts) contenus dans le serveur central du Harvey Mead College, en Californie.

Le problème, avec le ftp, c'est qu'il faut connaître à l'avance les adresses des ordinateurs hôtes. Pour cela, les guides du genre "pages jaunes du Net" que vous trouverez dans toute bonne boutique informatique peuvent vous être utiles. Mais comme tout, sur l'Internet, évolue avec la rapidité de l'électron, ces bouquins sont vite périmés. C'est pour cela que trois étudiants de McGill ont créé le programme archie, qui permet de faire des recherches sur la plupart des sites ftp sur la planète. Une fois en ligne, vous tapez simplement "archie -s nicotine" à partir de votre curseur, par exemple, et en quelques heures, vous avez les adresses de tous les sites qui ont des documents ou des études sur la nicotine.

Une autre façon de faire des recherches sur le Net est d'utiliser le programme gopher, baptisé d'après la mascotte de l'Université du Minnesota, où ce progamme fut développé. Gopher nous amène un pas en avant d'archie parce que l'information y est déjà organisée par thèmes: droit, environnement, publications officielles, journaux électroniques, amusement, etc. Plusieurs agences du gouvernement américain ont leurs sites gopher: la NASA, l'EPA et même le FBI! Le Canada aussi est branché, mais dans une moindre mesure (quant au Québec, on n'en parle même pas). Ainsi, ceux qui sont familiers avec le bulletin Le Quotidien de Statistique Canada seront heureux d'apprendre qu'il est archivé au jour le jour sur un site gopher (talon.statcan.ca, port 70) et qu'on peut même y faire des recherches par mot-clef!

Tout cela est bien, mais guère convivial. C'est pourquoi le nec plus ultra, le standard de l'avenir, c'est ce qu'on appelle le World Wide Web. Développé il y a quelques années par des chercheurs du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN), le WWW est une façon de communiquer de l'Internet qui permet d'accéder à tout document configuré en mode hypertexte (l'hypertexte est un mode non-linéaire d'organisation de l'info: sur un document hypertexte, on trouve des "liens", qui, lorsqu'on clique dessus, nous amènent à un autre document). Au pays de l'Internet, encore peu de sites offrent des documents hypertexte, par rapport à la masse qui est accessible par gopher ou ftp. Mais c'est rapidement en train de changer.

Depuis qu'un logiciel appelé Mosaic a été lancé, en janvier 1993, le nombre de sites Web a, en 18 mois, bondi d'à peine 50 à plus de 1500! Une croissance de près de 3000 %, qui se poursuit au moment où vous lisez ces lignes. Mosaic est en train de révolutionner le Net. Même si, pour le moment, c'est relativement limité, il faut savoir qu'à chaque jour, des nouveautés Web font pop sur la matrice cyberspatiale.

Des outils de recherche y sont d'ailleurs déjà disponibles. En voici quelques-uns:

Des médias américains dans 99 % des cas s'y trouvent également. Pour de plus amples info sur l'Internet, consultez l'excellent guide de l'Electronic Frontier Foundation. Tapez http://www.eff.org/papers/eegtti/eegtti.html

Qui s'en sert?

Je vous entends à l'avance vous demander: "Bien beau tout ça, mais est-ce pour moi?"

Pour Claude Beauregard (az776@freenet.carleton.ca), rédacteur-en-chef du Droit, avec les différents fils de presse, le CD-ROM Actualités et le Telbec, les salles de nouvelles sont déjà suffisamment branchées comme cela. Le Net est un complément, sans plus.

Mais si vous êtes journaliste indépendant, vous risquez de passer complètement à côté si vous ne vous branchez pas.

Recherchiste avec Newswatch, le pendant anglo de Montréal Ce Soir, Marian MacNair (cbc6mtl@cam.org) se sert d'archie, de gopher et du WWW pour trouver des journaux scientifiques, des banques de données, ou encore pour mettre la main sur des personnes ressources autrement impossibles à retracer. "J'avais un compte personnel sur CompuServe depuis environ 6 ans et mes patrons étaient toujours impressionnés de la vitesse avec laquelle je leur trouvait parfois des informations. Je les ai donc convaincus de l'importance, pour le bureau, de se prendre un compte avec accès complet à l'Internet."

Marian n'a pas, cependant, l'enthousiasme délirant des gens qui sont branchés: "Apprendre à se servir de l'Internet demande encore beaucoup d'énergie parce qu'il est peu convivial. De plus, les cybernautes vantent sans cesse ses possibilités phénoménales, sans toutefois que leurs prétentions se vérifient... pour le moment!"

C'est ce qui explique que peu de reporters encore en aient fait un outil de travail. "Sauf qu'à mesure qu'il évoluera, poursuit Marian MacNair, l'Internet deviendra un compagnon de recherche de plus en plus précieux."

©1994 Jean-Hugues Roy