Les gangs et la violence chez les jeunes: My gang's my family

Kids n the hood

Un texte paru dans Voirparu dans VOIR le 12 août 1993

Los Angeles a son South Central. La Métropole a Montréal-Nord et les quartiers environnants. Phénomène bien mûr aux États-Unis, les gangs de rue et la violence chez les jeunes ne sont encore, à Montréal, qu'au stade du bourgeon. Mais après les "casseurs" de la coupe Stanley, le drive-by de Sainte-Rose et la fusillade de la Carifête, les gouvernements s'intéressent de plus près à ce problème qui inquiète de plus en plus. Voyage au bout de la nuit.
My gang is my family
It's all that I have
-Ice-T, Colors

Comme autant de petits phénix renaissant de leurs cendres, les gangs de rue refont surface à Montréal. Avec le déclin des célèbres Master B et autres Bélanger, groupes qui ont défrayé la manchette à la fin des années 80, on croyait que les gangs s'étaient rangées. Mais une nouvelle génération semble en train d'occuper le terrain laissé vacant par ses aînés.

Trois événements, cet été, sont des indices de leur retour. Le premier est l'émeute de la coupe Stanley. Après les pillages du 9 juin, quelques jeunes "casseurs" ont fait couler beaucoup d'encre. Devant l'Astre 5, club pour moins de 18 ans du boulevard Lacordaire, à Saint-Léonard, hang-out favori des gangs du nord-est, "Criminal" et d'autres membres des Beaux-Gars (et non Bo-Gars, contrairement à ce qu'on lit dans les journaux) font le pied de grue. "Crim'" confirme les hypothèses avancées au lendemain de l'émeute: "Quand on a vu ce qui se passait, on s'est dit: "O.K. les gars, on descend là-bas."" N'ayant pu participer lui-même à la casse, "parce que ma mère ne voulait pas (!)", il explique que ses collègues, à l'aide d'une mini-fourgonnette, n'ont eu à faire qu'un seul voyage: "Tu devrais aller chez eux. C'est plein de souliers, de vêtements... Ils revendent tout ça tranquillement à leurs amis à cinq ou dix dollars le morceau."

Le second événement est survenu durant la nuit du 18 au 19 juin, dans le mignon village de Sainte-Rose, à Laval, site d'un drive-by shooting à la californienne comme on n'en avait encore jamais vu dans le Grand Montréal. Six jeunes d'origine asiatique ont été blessés, deux d'entre eux grièvement, des plombs de .12 leur ayant infligé, à la tête et au cou, les blessures salopes typiques de cette arme de plus en plus populaire. Durant la nuit, on a retrouvé, justement, une .12 et une .303 dans les buissons ornementaux d'une discothèque pour mineurs qui n'a ouvert ses portes qu'en janvier dernier, le ".17", nom qui rappelle un peu trop un calibre d'arme à feu au goût des habitants de cette paisible banlieue.

Dominic Levert, d.j. du club, reconstitue le film de l'événement: selon lui, tout aurait commencé la semaine précédente. Deux jeunes d'origine asiatique auraient eu une prise de bec avec des clients noirs de la discothèque. Quelques coups ont été échangés, mais sans plus. "La semaine d'ensuite, indique Levert, ils sont revenus. Sauf qu'ils n'étaient plus deux "Chinois", mais bien davantage." Installés sur le terrain du garage Méthot, en face du .17, ils se seraient mis à lancer des bouteilles et des morceaux d'asphalte au moment où les Noirs qu'ils ont reconnus sont sortis de la salle, d'après ce que relate Marie-Ève, témoin de la scène, ce vendredi soir-là. Après avoir séparé les deux groupes, poursuit le d.j., la police de Laval aurait débarqué six jeunes Asiatiques à l'angle Sainte-Rose et Curé-Labelle, en faisant des cibles faciles pour leurs adversaires qui, pour se venger, n'ont eu qu'à leur tirer dessus de leur bagnole, comme dans les films.

Plusieurs des jeunes qui "bumment" devant le .17 savent qui a fait le coup. "On les appelle les Juniors, parce qu'ils n'ont tous qu'entre 14 et 18 ans", indique Jean, qui admettra plus tard, avec hésitation, faire partie de cette petite gang, dont les membres habitent surtout Chomedey. "Il y a trois ou quatre Latinos, poursuit-il. Le reste, par contre, c'est tous des Noirs."

Troisième incident: la fusillade de la Carifête. D'après les infos qu'a laissé filtrer la police dans les quotidiens, un ado de 15 ans a tiré dans la foule dans le cadre d'un rite initiatique de la gang des Beaux-Gars. En parlant aux membres eux-mêmes, cependant, on obtient un portrait légèrement différent. Il semble que le jeune tireur, dans un excès d'exaltation, aurait voulu de sa propre initiative impressionner les Beaux. Pas d'initiation planifiée, insiste "Criminal", dont il est le cousin.

Les pouvoirs s'en mêlent

Aux yeux de nos dirigeants, la situation est préoccupante à un point tel que le gouvernement du Québec et la CUM ont décidé de s'en mêler. Depuis l'automne 1991, le Comité interministériel sur la problématique de la violence et des tensions intercommunautaires dans la population des adolescents et des jeunes adultes (ouf!) consulte divers intervenants, surtout à Montréal. Les gangs de rue font partie de ses préoccupations. "On a envoyé 200 invitations", indique sa coordonnatrice, Francine Larue, avare de commentaires. Un rapport interne est attendu d'ici décembre, dit-elle. Mais il y a un hic: rien, dans ce processus qui aura duré trois ans, ne sera dévoilé au grand jour.

Du côté de la CUM, la Commission de la sécurité publique se penchera sur les gangs lors d'une séance de travail (privée encore une fois) qui se tiendrait en octobre. Christine Vézina, du secrétariat des Commissions permanentes du Conseil, nous apprend par contre que les élus de la CUM pourraient décider de tenir des audiences publiques sur le sujet. Les membres de gangs iront-ils présenter des mémoires?

Le premier point à l'ordre du jour de ces comités devrait être le suivant: "C'est quoi, une gang?" Après avoir passé près d'une dizaine de soirées à les traquer, j'ai pu observer qu'il s'agit d'une drôle de faune, où le pagette est le status symbol par excellence et où, dans les quartiers du nord-est surtout, le créole est la lingua franca, qu'on soit noir ou blanc.

Pour le lieutenant-détective André Lapointe, chargé d'enquête à la section anti-gang, il est difficile d'arrêter une définition avec laquelle on pourrait se pointer dans les quartiers durs et grâce à laquelle on pourrait dire: "Tiens, voici une gang."

"En matière de gangs de rue, il faut toujours être prudent dans ce qu'on avance, prévient-il, parce que le portrait qui est vrai aujourd'hui sera peut-être périmé dans deux ou trois mois. Il y a un renouvellement continuel. Les membres passent d'une gang à l'autre, d'une activité à l'autre. Il y a des membres qui sortent parce qu'ils deviennent majeurs, tandis que des plus jeunes s'y joignent."

Difficile d'avoir l'heure juste sur les gangs. M. Lapointe cite une étude du prof Marc LeBlanc, du département de psycho-éducation à l'U. de M.: "Entre janvier 1992 et avril 1993, celui-ci a interrogé 700 jeunes contrevenants qui ont eu affaire au tribunal de la jeunesse. De son échantillon, 67 % ont prétendu faire partie de... 68 gangs différentes." Pareil foisonnement est farfelu, d'autant plus que certains jeunes confondaient nom de gang avec style (punk, fresh, peace, etc.). Cela montre à quel point il faut prendre avec un grain de sel les prétentions des jeunes qui se disent gangbangers.

Dans son enquête, M. LeBlanc posait quatre questions aux jeunes qui affirmaient faire partie d'une gang: Avez-vous un chef? Un lieu de rencontre? Des signes distinctifs? Une initiation? Encore là, pas besoin de répondre "oui" partout pour être une gang. "Tu vois ce mouchoir rouge?, indique "Criminal" en retirant le bandana qui ceinture sa casquette des A's. Ça veut dire que je suis dans les Beaux." Mais ces derniers ne semblent pas posséder de rite d'initiation. Ça n'en fait pas moins une gang pour autant.

Pour mériter l'étiquette de gang de rue, André Lapointe considère qu'elles doivent tremper dans le crime. Mais la plupart du temps, il s'agit d'activités criminelles à micro-échelle: "La gang de rue, dit-il, c'est le tout premier palier du crime organisé", un tremplin dont on peut profiter ou non pour passer aux niveaux supérieurs.

North Side Story

Samedi, 31 juillet, 2 h du matin. Angle Lacordaire et Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, une trentaine de jeunes attendent l'autobus de nuit 380, juste devant le Centre de karaté-fight-kwan-do de Mercier Rémy. Je les aborde. Visiblement givrés comme des flocons, ils ont la parlotte facile. Surtout "Big", solide gaillard au crâne rasé qui semble faire office de leader. L'un des rares Blancs de la troupe, "Big" parle français avec un léger accent créole: "Moi, je fais des filles danser, se vante-t-il. Elle danse trois jours, gagne mille piasses. Là-dessus, je lui en laisse 200 pour qu'elle puisse payer son appartement et elle me donne le reste." Un tantinet scrupuleux, il ajoute: "Tu n'as pas à forcer personne. Tu prends ta blonde. Tu lui demandes si elle veut danser pour toi parce que tu n'as pas d'argent et si elle veut, elle y va."

Mais Mélanie trace un portrait différent. Rencontrée à L'Escale, maison de jeunes située dans le parc Saint-Laurent, à Montréal-Nord, elle explique qu'elle est tombée dans le giron des gangs sans avoir vraiment eu le choix: "J'avais des amies qui m'ont présenté des membres d'une gang de Noirs du centre-ville dont je n'ai jamais su le nom. J'ai commencé à sortir dans les discothèques avec eux et ils ont établi que j'étais une fille facile, alors il se sont mis à me demander de faire la rue pour eux. Si je refusais, je me faisais battre. Ils me disaient: "C'est facile: tu mets un petit décolleté et une jupe courte, et tu fais le coin Saint-Laurent, Sainte-Catherine." J'ai fait ça environ un an. À 15 ans, ça marque."

Mais retournons à "Big" et ses acolytes. Dans l'autobus se dirigeant vers le métro Henri-Bourassa, l'un d'entre eux sort le chat du sac: "CDP's in the house, man. No joke." Je suis verni: me voilà avec les Crack Down Posse, gang en pleine expansion comme une PME beauceronne, et ennemis jurés des Beaux. "Big" raconte la genèse de CDP: "On a fait cette gang-là parce que les gars des Beaux n'arrêtaient pas de nous écoeurer sur notre terrain. Ils venaient nous donner des volées juste parce qu'on habite sur Pie-IX. C'est eux qui sont venus nous chercher. On n'a eu pas le choix."

Il appert que les rivalités entre gangs, qui ne sont pas nécessairement criminalisées, les poussent graduellement à verser dans le crime si elle veulent établir leur supériorité. Cette logique conduit à des règlements de comptes graduellement plus violents. Et cette violence, souvent, éclabousse les jeunes qui ont le malheur d'habiter un quartier de gangs ou de fréquenter les mêmes endroits qu'eux.

Le photographe Jean-François Leblanc et moi avons été à même de le constater vendredi soir dernier, le 6 août. Il y avait beaucoup de monde, ce soir-là, devant l'Astre 5. Vers minuit, deux accrochages entre quelques membres des Beaux-Gars et de CDP, dont "Big", éclatent. Un attroupement d'une cinquantaine de jeunes bloque bientôt la circulation sur Lacordaire. Dans la cohue, Jean-François prend alors une photo dont le flash fait retourner les têtes: "Li pren ou photo!" s'époumonent quelques jeunes, nous pointant du doigt. "Big" laisse alors tomber ses adversaires et se dirige droit sur nous. Il somme Jean-François d'ouvrir le boîtier de son appareil et arrache son rouleau de pellicule. Quelques minutes après, soupçonnant que j'aie enregistré la scène avec mon magnéto, un autre Blanc, plus vieux que les autres et arborant deux points de suture sur le front, pique ma cassette et me la casse en deux sous le nez. La liberté de presse est une notion fragile dans ces parages.

Si, l'espace de quelques minutes, nous avons eu peur, imaginez maintenant ce que vivent les jeunes qui sont confrontés à une pareille atmosphère semaine après semaine. Les gangs de rue ne sont que la pointe d'un iceberg de violence de plus en plus gros. Dixit le lieutenant-détective André Lapointe: "Si le nombre total de crimes commis par des mineurs a diminué depuis 10 ans, la violence de ces délits, par contre, a augmenté." Un exemple parmi tant d'autres: les jeunes ont commis 10,4 % de plus de voies de fait graves durant les cinq premiers mois de 1992 que durant la même période en 1991.

Éric B., étudiant en photo de Montréal-Nord qui a longtemps gravité autour des Master B et des Bélanger, acquiesce: "Les gangs sont moins grandes maintenant et il y a moins de rivalité entre elles. Mais quand il y a des rivalités, c'est beaucoup plus dangereux qu'avant." Exit bats de base-ball et bonnes vieilles chaînes, dit-il: "Aujourd'hui, c'est, minimum, la machette, le .12 ou le .357 modifié."

Jouer avec le feu

J'ai été atterré par la désinvolture avec laquelle les ados que j'ai rencontrés parlaient des armes à feu. À Sainte-Rose, m'a confié Dominic Levert, "personne n'a été surpris de la fusillade. Tout le monde savait que les gars avaient des guns." Tout le monde s'attendait, par conséquent, à ce qu'ils les utilisent un jour.

Être ado, en 1993, c'est grandir dans un monde où la violence est de moins en moins confinée au petit écran. Bien que confortablement élevés dans leur banlieue proprette, un nombre effarant d'habitués du .17 savent comment se procurer une arme: "Tu vas au Repaire [bar du boulevard Curé-Labelle, à Sainte-Rose], affirme Cédric, et tu peux trouver un gun pour 50 piasses." Sébastien, jeune de la Rive-Sud rencontré devant le club Le Top, sur Sainte-Foy près de Taschereau, à Longueuil, prétend quant à lui: "Je peux sans problème acheter un .38, un gun de police, pour 125 $."

Peu d'entre eux, toutefois, se vantent d'en posséder un. "G" (prononcez à l'anglaise) a 17 ans. Il vit à Montréal, mais vient de temps à autre au .17 avec ses copains. "J'avais 16 ans, raconte-t-il prosaïquement, et je venais d'avoir du cash. Alors pour 100 dollars, je me suis acheté un beau petit gun dans une ruelle. Ce n'était pas pour flasher. C'était juste pour savoir que je l'avais là [il se tape la poitrine], en cas de besoin. J'ai toujours été fresh et quand tu te promènes sur Sainte-Cath, des fois, il y en a qui ne t'aiment pas la face." Un soir, justement, "G" rencontre un de ces "maudits fuckés" et lui montre fièrement son revolver pour qu'il cesse de l'embêter: "Mais il en avait un, lui aussi, et il m'a mis le canon en plein sur le front. Il était pas mal frosté. Un gars gelé non armé est déjà dangereux. Imagine avec une arme." Il ne s'est heureusement rien passé, "mais j'ai eu la chienne, avoue-t-il, et j'ai vendu mon pétard. J'ai coupé ça là. Je me suis calmé."

"On se sent tough, quand on a l'impression de vivre dangereusement, comme ça, indique Jimmy, de Fabreville. On ressent un thrill. Sauf qu'en même temps, il y a un danger qui est réel." Frédéric, jeune de Verdun qui prétend graviter autour des gangs du nord-est, l'admet: "J'ai peur, dit-il en dévorant un sac de Doritos. On a tous peur. Dans le fond, si tout le monde se met en gang, c'est pour cacher cette peur."

Chez les gangs, les .12 et autres calibres se multiplient comme des lapins de garenne. Aucune piste de danse pour ados qui se respecte n'omet de fouiller ses clients au détecteur de métal à l'entrée. Dans les environs de l'Astre 5, deux incidents, au début de juillet et au début d'août, ont failli dégénérer en fusillades. Étudiant en techniques policières ayant grandi dans le quartier et fréquentant les gangs, Martin Lafortune précise que "ce qui se passe ici reste quand même au moins quatre fois moins violent que ce qui se passe aux États-Unis. Par contre, prévient-il, si on laisse aller la situation, ça risque de devenir plus grave que là-bas. Plus le secteur s'appauvrit, plus la violence augmente."

"Criminal" explique comment les Beaux-Gars disposent de leur petit arsenal, composé surtout de .12. Contrairement à ce qu'on croit, affirme-t-il, la plupart des membres ne gardent pas d'armes à la maison: "Tous les guns sont dans un même endroit, dit-il. Quand on veut faire quelque chose, on va les mettre dans un sac qui ne sera transporté que par une seule personne. Ici, par exemple, on peut être cinq, dix, vingt, mais il n'y en a toujours qu'un seul qui a les "affaires". Le moment venu, on fait comme ça [il tape des mains], et le gars qui a le sac les distribue à tout le monde."

Gangs = MC2

En dépit de ce constat, le phénomène des gangs doit quand même être relativisé. Pour bien des travailleurs de rue, par exemple, police et médias l'exagèrent. Kathleen Leahy travaille depuis un an et demi auprès des jeunes dans les rues de NDG pour l'organisme Head & Hands. Elle est catégorique: "À mon avis, il n'y a pas de gangs dans le quartier." À trop en parler, les gens se sont mis à associer l'image de jeunes vêtus d'une certaine façon à l'appartenance à une gang. Juan Perez, travailleur de rue pour le CLSC Côte-des-Neiges, déplore lui aussi que "les médias lient gangs et communautés culturelles". Sans nier qu'il y a des gangs dans le quartier, il explique cependant qu'elles ne sont que le symptôme de problèmes qui viennent en amont. Selon lui, les autorités devraient se concentrer sur la pauvreté, les difficultés d'intégration, le chômage, etc., si elles veulent réellement, en aval, avoir un impact durable sur le phénomène des gangs.

Il faut également faire attention pour ne pas braquer trop de projecteurs sur les gangs, souligne Monique Lalande, agente de liaison au Comité des relations interculturelles de la Ville de Montréal-Nord. Elle travaille auprès d'un certain nombre d'ex-membres "et ils m'expliquent tous, dit-elle, qu'il ne faut pas accorder trop d'importance médiatique aux gangs, parce que ça valorise le phénomène auprès des plus jeunes".

Le lieutenant-détective André Lapointe relativise lui aussi. Selon son évaluation, on ne compterait sur le territoire de la CUM qu'entre 600 et 700 membres de gangs de rue, ce qui représente une infime minorité de la jeunesse montréalaise.

Il ne faut cependant pas jouer à l'autruche non plus: "Dire qu'il n'y a pas de gangs ne donne rien. Le problème est bel et bien là. Mais il n'est pas insurmontable."

Qui fait quoi

Selon diverses sources (notamment: des jeunes rencontrés, l'article "Les gangs de rue" de l'enquêteur Pierre Blondin, paru dans Violence et déviance à Montréal (Éd. Liber) et Parnell Pierre, collègue de travail qui a été un premier guide dans ce dossier), voici les noms de quelques-unes des gangs actives en ce moment dans la région de Montréal.

Nord-est (Saint-Michel, Saint-Léonard, Montréal-Nord et RDP) et Laval
Beaux-Gars (localisés surtout le long du boulevard Henri-Bourassa à Montréal-Nord et à RDP), Belles (gang féminine associée aux Beaux), Crack Down Posse (CDP: boulevards Saint-Michel et Pie-IX), Lady First (gang féminine associée aux CDP), City of Pie-IX, Bad Boys (BBS), King of the Street Fighters (KSF), Gang de Saint-Michel (gang khmère en émergence dans le quartier du même nom), Junior (Île Jésus).

Ouest (NDG, CDN, Petite-Bourgogne, LaSalle, Saint-Laurent)
Uptown Posse, Predator, Preggae, Gang de Côte-des-Neiges (gang vietnamienne active le long du chemin CDN au nord de Van Horne), Gang de Saint-Laurent (gang asiatique localisée dans le voisinage de l'intersection des boulevards Poirier et Décarie).

Centre (centre-ville et quartiers périphériques au nord et à l'est)
C.Y.'s Crazy One (gang latino active dans les environs du parc Jarry), Gang du nord (gang vietnamienne se tenant dans les karaoke du quartier), gangs d'extrême droite (sept groupes, également actifs dans le Sud-Ouest, sont l'objet de l'attention des policiers).

Il y aurait également une gang de rue en émergence à Brossard.


©1993 Jean-Hugues Roy