D'où t'es venu le nom "Seaz", donc?
Seaz
Le "S", le "E", le "A" et le "Z" étaient des lettres avec lesquelles j'aimais travailler, qui coulaient bien.
J'aime vraiment la façon avec laquelle le "S" et le "Z" peuvent s'agencer l'un contre l'autre ou à la fin pis au début d'un mot donné. L'une est le miroir de l'autre. Ça faisait cool.
Quand j'ai choisi ces lettres, j'avais trouvé mon style pour moi. J'avais une bonne lettre de start et une bonne lettre de stop, au lieu d'avoir des lettres qui matchaient pas.
Mais je te rappelle que je viens à peine de recommencer, alors...
T'es tu déjà fait pogner?
Seaz
Non, jamais. Et si je peux, je vais m'arranger pour ne jamais me faire pogner. Le graf, j'aime ça, tout simplement. Et le fait que ce soit illégal n'a rien à voir là-dedans. J'aime ça juste pour le "fame", tu vois.
Question de laisser ta marque, c'est ça?
Seaz
Ouais. C'est pour laisser ta marque. Et puis, c'est le fun quand il y a du monde qui parle de toi: "Ah! Ce gars-là, Seaz, j'ai vu un train l'autre jour qui était tagué au complet avec son nom. C'est qui, donc, ce gars-là?"
C'est comme si on faisait partie d'une société secrète, t'sé.
Mais c'est juste certains initiés qui te connaissent. Tu as dû voir l'article dans La Presse cette semaine qui associait les grafs avec les gangs.
Seaz
[Il éclate de rire] Ouais! C'était une vraie joke. C'était vraiment mal fait, cet article-là.
[Un autre artiste l'interromp pour lui demander des caps]
La police ne sait pas de quoi elle parle. Ici, personne ne tague pour marquer un territoire. À New York peut-être. Là-bas, le "gang banging" est une grosse affaire, alors il y en a qui marquent leur territoire avec des tags. S'il y a une guerre, ils vont faire des "crossout".
Mais ici, ce qu'ils ont dit dans La Presse c'est pas du tout ça.
Je connais un peu les gangs, les CDP à Saint-Michel et à Montréal-Nord, les Beaux, etc. Un des gars des CDP, Big, était d'ailleurs à Bordeaux avec Sike!
Bref, je leur ai posé la question. Ils m'ont dit qu'ils n'ont pas de temps à perdre à faire des graffitis. Eux, ils écoulent du stock, ils font danser des filles, ils dealent de la dope.
Seaz
C'est ça!
Il y a aussi des gens qui associent le graffiti avec la dope. Mais moi, par exemple, je suis straight! Je ne fume pas. Je ne bois même pas.
[Il soulève sa canette et marque encore le mur derrière lui]
Mon rush, moi, c'est ça. C'est ça mon trip.
C'est sûr qu'il y en a dans le graf qui en font, de la drogue. Mais il ne faut pas juger tout le milieu sur quelques individus.
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©1995-96 Jean-Hugues Roy
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