L'album d'un père

Samedi, 2 décembre 2000
Dorset




Papa attiré par les pentes de Bromont Pour mon travail, je suis allé en Beauce aujourd'hui. Au petit matin, j'ai pris l'autoroute qui quitte Montréal vers l'est et plus j'avançais, plus il y avait de la neige (elle a déjà tout fondu en ville). Près de Bromont, j'ai eu le goût d'aller faire quelques descentes, mais je ne pouvais pas. On m'attendait dans quelques heures et j'avais encore quelques centaines de kilomètres à faire.



Juste avant d'arriver à Sherbrooke, la route grimpe les modestes Appalaches et devient toute sinueuse. Il s'est mis à neiger et c'était très beau. Panneau annonçant la sortie 115 de l'autoroute des Cantons de l'Est pour Magog et Saint-Benoît-du-Lac



Falaise longeant l'autoroute des Cantons de l'Est près d'Orford Montréal est sans neige. C'est pourquoi, ici, j'avais l'impression non pas de me diriger vers l'est, mais de me diriger vers l'hiver.



Après avoir pris une bouchée à Sherbrooke, j'ai poursuivi mon chemin le long de la route 108. Ta mère ne l'aime pas, cette route. Les gens y roulent très vite. Et on y croise beaucoup de camions. Celui-ci, par exemple, je l'ai surpris à quelques mètres juste devant moi, dans ma voie, alors que j'émergeais d'une côte. Il effectuait un dépassement téméraire.
J'ai dû ralentir considérablement pour ne pas faire connaissance avec sa calandre. J'ai eu le réflexe de le prendre en photo.
Camion ayant changé de voie juste devant moi



Un rayon de soleil sur Stornoway La route 108 traverse par monts et par vaux les régions de Frontenac et de la Haute-Beauce. Elle relie un chapelet de petits villages, dont le plus spectaculaire est certainement Stornoway, juché au sommet d'une colline qu'on aperçoit de loin et qui, ce matin, était baigné par un rayon de soleil juste au moment où j'y arrivais.
Il est splendide, quand il veut, ton pays, Maude!



J'ai fait un petit détour par Saint-Hilaire-de-Dorset.
C'est dans ce hameau que mes parents ont acheté, en 1974 et pour une bouchée de pain, cette ferme. J'y ai passé tous les étés de mon enfance et j'y ai des souvenirs impérissables.
La maison de Dorset, vue de la cour de l'ancienne école, sur le rang 9



Le salon de la maison de Dorset Mais voilà : tu ne connaîtras jamais Dorset, Maude. La terre et les bâtiments appartenaient ces dernières années à ton oncle, qui y a d'ailleurs amené le premier lien Internet, il y a cinq hivers déjà. Il y a mis beaucoup de sueur. Entretenir cette maison battue par les vents, toutefois, lui coûtait trop cher et, à contrecoeur, il a dû la vendre à un voisin.
Je suis passé aujourd'hui dans le but de rendre visite au nouveau proprio, justement. Mais il n'a manifestement pas emménagé encore. Alors comme un voleur, j'ai regardé par les fenêtres et j'ai constaté que la maison était pratiquement telle qu'on l'a laissée quand on l'a vidée en mai dernier.



En retournant sur la route 108, je suis arrêté au cimetière du village de La Guadeloupe rendre visite à Jean-Guy. Mon meilleur ami de ces étés à Dorset, avec qui j'ai joué au baseball mille fois, avec qui j'ai fait les foins, avec qui j'ai trait les vaches, a été arraché à la vie par un cancer.
C'était en février dernier, à quelques jours de son 34e anniversaire.
Jean-Guy était devenu ouvrier dans une manufacture de portes de garage et avait quitté Dorset pour La Guadeloupe avec sa petite famille. Il avait deux enfants. Deux petites filles.
Je me suis rendu sur sa tombe et j'ai beaucoup pensé à lui et à notre enfance perdue. Jean-Guy reste vivant en moi à tout jamais.
Tombe de mon meilleur ami d'enfance, Jean-Guy Morin



Papa sur le bord de la rivière Chaudière avec Saint-Georges en arrière-plan et ce genre de Love Boat est en fait l'immeuble de la Canam Manac Et puis pour la première fois en une vingtaine d'années, je suis arrivé dans la capitale de la Beauce, Saint-Georges. Mon rendez-vous était dans le CNÉ (Carrefour de la nouvelle économie) local, juste derrière l'espèce de «Love Boat» qu'on voit à gauche.
La rencontre a duré une heure trente. Puis, je suis rentré à Montréal par le même chemin. Un des chemins de mes souvenirs d'enfant.
Et toi, Maude, ils te mèneront où, tes souvenirs?

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