L'album d'un père

Dimanche, 11 février 2001
Jeux de mains




Xavier dans le remonte-pente à Ski Montcalm C'était notre première (et notre unique, j'en ai bien peur) journée de ski de la saison, Xavier et moi. Et nous avons choisi notre journée...
Cet hiver est le plus bel hiver depuis mon enfance. Sauf qu'il a été gâché vendredi dernier par un verglas de l'enfer.
Les températures ont redescendu sous zéro depuis, ce qui fait que la neige est uniformément recouverte d'une couche de glace, comme si un chalumeau géant était passé sur le paysage comme sur une gigantesque crème brûlée.
Il faisait -15°C, mais le vent était si fort sur la montagne, qu'il donnait l'impression de faire -40°C. Même si ton frère et moi étions bien emmitoufflés, avec très peu de peau laissée en patûre aux éléments, nous ne nous sommes contentés que d'une dizaine de descentes tout au plus.



Voici justement ton frère effectuant l'une de ces descentes avec ses snowblades, ces petits skis que j'ai adoptés il y a trois ans. Il semblerait que les «blades» ne sont plus à la mode, contrairement à l'hiver dernier. Je me fous des modes, et tu chausseras probablement un jour les mini-skis que ton frère a portés aujourd'hui. Xavier dévalant la piste La Perfection à Ski Montcalm



Maude en proie à la nostalgie Il faisait si froid qu'au milieu de l'après-midi, nous étions déjà de retour à la maison, juste à temps pour te voir assise dans la salle à manger, avec cet air mélancolique écoutant une chanson de Brassens dont j'ignore le titre, mais qui, avec sa contrebasse émouvante, me rappelait La non-demande en mariage.
Tu ne comprends rien quand on te parle, mais tu comprends déjà le langage de la musique. Tes mains, placées ensemble et immobilisées sur ton ventre sont un autre indice que tu écoutais attentivement la mélodie.
(Il faut dire aussi qu'il était l'heure du boire et que tu attendais patiemment le sein de maman...)



Il était assez fascinant que tu immobilises tes mains, le temps d'une chanson. Car tes mains, d'ordinaire, sont en perpétuel mouvement. Ici, sur cette pose, avec ton index gauche ainsi placé sur ton nez, on dirait que tu es en pleine réflexion sur le sens de l'existence. Mais cette position est totalement fortuite, car parfois, c'est directement dans les yeux que tu l'envoies, ton doigt. Les mains de Maude sur son visage



La main droite de Maude En fait, c'est surtout ta main droite qui bouge, qui cherche à prendre des objets, ou qui tente de reproduire le salut des Vulcains, comme ici.
Tu es une droitière née.



Ta main gauche est le plus souvent refermée en un mignon petit poing potelé. La main gauche de Maude



Photo de Juliette Binoche dans le film «Chocolat» Parlant de mignonnes, en soirée, ta mère et moi avons eu une rare occasion de sortir ensemble. Nous sommes allés voir un film sensuel sur le chocolat. Il mettait en vedette Juliette Binoche, une actrice qui, sous certains angles, ressemble à maman.
Après le film, on s'est achetés des pastilles de chocolat Droste à 72% de cacao qu'on a dégustés dans l'auto en rentrant à la maison. C'est censé éveiller les sens, si tu vois ce que je veux dire...
Non, tu ne verras pas ce que je veux dire avant une bonne quinzaine d'années.
Et puis, bon, disons que la magie du cinéma, c'est une chose, la réalité, c'en est une autre.

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