« Nétologie »
Les mots pour le dire
par Eric Bernatchez
Vous vous faites de nouveaux amis sur un channel
de chat, vous leur proposez de visiter votre site
Web avec leurs browsers et vous terminez votre phrase
par un smiley?Génial, mais vous avez tout faux!
|
|
|
Vous étiez en fait sur un canal de
bavardage, vous les avez invités à utiliser leurs
navigateurs pour se brancher à votre page W3 et vous
avez terminé votre phrase par une binette.Non mais... un
peu de français S.V.P.!
|
|
|
Ca y est...
L'Office de la langue française (OLF) vient de terminer son « Vocabulaire d'Internet ».
Attention! Si vous vous attendez à vous bidonner devant des versions
ridicules du genre : « Toile omni-mondiale » ou « Site d'information planétaire » en guise de substitut à « World Wide Web », ou encore « taupe » pour remplacer « Gopher », détrompez-vous. Les gens de l'OLF ont fait de la belle job!
« Nous avons choisi d'adapter "WWW" en "W3" », explique Marcel Bergeron, l'un
des « néologistes » qui s'est penché sur le vocabulaire
internaute. Quand à "Gopher" et "Usenet", ajoute-t-il, ils sont
restés inchangés, étant considérés comme
des noms propres. Quand un mot est déjà bien
implanté, souligne-t-il, les chances que les gens se mettent
à utiliser la version française sont minces.
Ainsi, les termes « FTP », « WAIS », « Archie » et « Veronica » ne changent pas en
français.
Par contre, des mots plus rares comme « flames » ont
été traduits. On dit que lorsqu'un novice pose des questions
trop évidentes sur le Usenet, alors que la réponse se trouve
déjà dans les FAQ (confirmée dans sa version
française par « Foire aux questions », une traduction qui circule
depuis quelques mois et qui a l'avantage de préserver l'acronyme
anglais « FAQ »), on lui envoie des réprimandes appelées
« flames », ce qui a été traduit par « coups de feu ».
Nos néologistes se sont même lâchés lousse
dans les jeux de mots... avec un certain talent d'ailleurs. L'expression
« luser », contraction de « loser » qui désigne
en anglais un pseudo-internaute, qui n'utilise le Net qu'à des fins
pratico-pratiques, devient en français « nultilisateur » ou « internouille ».
Les « newbies » deviennent des « cybernovices » et, bien sûr, la
« netique » et la « netiquette », qui étaient déjà des
gallicismes en anglais, coulent de source en français mais attrapent
l'accent... On dit « nétiquette ».
Heureusement que l'OLF a pris l'initiative car il n'aurait pas fallu
attendre les dictionnaires bilingues courants pour nous dire comment
traduire « browser » ou « home page ». Ces mots ne sont mentionnés ni
dans le Harrap's, le Robert ou le Larousse bilingues. Cela devrait
être le cas dans un an, estime cependant Mireille Bertrand des
Éditions françaises. Les éditeurs de dicos
attendent d'être bien certains que le phénomène est
là pour durer.
Le « Vocabulaire d'Internet », qui sera officiellement lancé à
la mi-novembre, fait 95 pages et traite 200 mots, en fournissant définitions et
étymologie. « L'objectif n'est pas de tenter
d'imposer des termes mais de faire des suggestions et de faire des
observations critiques », explique Tina Célestin, de l'OLF.
C'est donc l'usage que nous voudrons bien faire de mots comme « binette, navigateur » et « coup de feu » qui déterminera leur avenir. Le
« Vocabulaire d'Internet » émet cependant des recommandations, comme
celle d'éviter le terme « souriant » pour traduire « smiley », ce qui
est un calque.
Le « vocabulaire d'Internet » aura son site sur le Libertel de Montréal.
Dès la mi-octobre, on pourra aussi se brancher sur le site W3 de
l'OLF.
Enfer et damnation! : le lexique sera également
produit en version papier (horreur!) et disponible auprès du
Comité d'action pour le français dans l'informatique (CAFI)
ou directement à l'Office.
Enfin, c'est pour les dinosaures! Ce que ne sont surtout pas les
fonctionnaires de l'OLF car, même s'ils n'ont pas tous une adresse
électronique, ils ont accepté sans problèmes de nous
envoyer quelques pages de leur vocabulaire... par courrier
électronique, au lieu de nous les faxer bêtement. Ils sont des nôtres!
Comparez les propositions de l'OLF à celles déjà
contenues dans ces deux guides disponibles sur le Net :
Même si elles disent se situer sur un « SIP » (Service
d'information planétaire), les Téléinformations linguistiques de la Commission scolaire
des Cantons (Granby) n'en demeurent pas moins une ressource unique et
fort pertinente sur le Web sur les difficultés de la langue de
Molière.
Elles ne contiennent rien, cependant, sur la terminologie liée aux
inforoutes.
En attendant le site de l'OLF, consultez celui du Conseil
supérieur de la langue française (France)
Cet article est en ligne depuis le 12 octobre
1995