Le lancement de Windows 95
Pierre qui roule...
par Jean-Hugues Roy
La file devant la boutique Crazy Irving, à 00 h 05, le 24
août dernier.
« Where do you want to go today? » , dit la pub
(Où voulez-vous aller aujourd'hui)! Ces gens, en tous cas, ne sont
pas allés bien loin, ce soir-là...
La boutique informatique montréalaise "Crazy Irving" (Irving le fou)
portait admirablement bien son nom, en cette nuit du 23 au 24 août
1995. Après les Néo-Zélandais, les Japonais, les
Indiens, les Russes, les Européens et les Brésiliens,
c'était au tour des Montréalais (et, avec eux, toute la
côte Est de l'Amérique du Nord) de pouvoir enfin mettre la main sur Windows 95, de Microsoft. Le produit
le plus vaporeux de toute l'histoire de la micro-informatique se
matérialisait finalement!
Tout un événement, auquel les plus grands médias n'ont
pas manqué de prêter une attention toute
particulière.
Certains acheteurs s'étaient pointés au magazin dès le
début de la soirée, comme si des billets pour
un show des (Rolling) Stones.com (Start Me Up, un des
succès des Stones durant les années 80, est l'indicatif musical de Windows 95) avaient été mis en
vente.
Plus de 500 personnes ont acheté la mise à jour Windows 95
dans les premières heures de ce 24 août. Ils voulaient
être les premiers, histoire de pouvoir raconter à leurs
petits-enfants : « J'étais là quand Windows 95 a été lancé sur le marché! »
Certains ne se contentaient pas d'acheter la mise à jour Windows
(149,95 $), mais émergeaient de la boutique comme
d'une épicerie, avec des sacs remplis de nouvelles versions
pour Windows 95, de logiciels de traitement de texte, de chiffriers
électroniques, de jeux, etc. Andrew Morrow, par exemple, est sorti
avec une facture de 364 dollars! « Je suis heureux de
pouvoir enfin utiliser Windows 95. On a attendu longtemps! » confiait-il
à sa sortie de la boutique.
Mais n'avait-il jamais entendu les critiques voulant que Windows 95 ne soit
pas à la hauteur des attentes? « Ce n'est pas grave, répond
Morrow. Si je ne suis pas satisfait, je vais le vendre à quelqu'un
d'autre... » Se donner tant de mal pour si peu...
L'événement avait même attiré un petit groupe
d'usagers d'ordinateurs Macintosh, venus exprès pour se payer la gueule de leurs ennemis
jurés, les PC-istes, ou utilisateurs de compatibles IBM.
John Childs, Nathalie Gural et Christos Tsirbas (de gauche à droite
sur la photo) sont restés environ une heure sur place, et n'ont pas
cessé de rigoler une minute. « Quel magnifique coup de marketing, a
reconnu M. Tsirbas. Générer autant d'attention pour une
simple mise à jour, il faut reconnaître que Microsoft a
du génie de ce côté-là. » Mais c'est à
peu près l'unique louange qu'ils avaient pour Windows 95...
« J'ai un ami qui a un PC, indique M. Childs. Il a essayé une des
versions beta de Windows 95 et il a été déçu.
Je lui ai suggéré de faire comme moi, et d'utiliser son PC
à meilleur escient... comme bloqueur de porte, par exemple! »
Après un moment, Jean Doyon, animateur à la station de radio
FM CITÉ, s'est joint à eux, à la sortie de son quart
de travail. À preuve que dans la technologie change les rapports sociaux
au Canada : les deux solitudes ne sont plus les francophones
et les anglophones, mais les Macintosh et les PC! Doyon (de face sur
la photo) et les trois échangeaient des souvenirs de leurs premiers
Mac : « Ah! La petite canette de peinture du premier MacPaint! » lança
l'animateur.
Reste que d'aucuns croient que Windows 95 est le clou dans
le cercueil du système d'exploitation Macintosh. Le nouveau
système de Microsoft lui ressemble tellement, que la plupart des
consommateurs s'en contenteront, et l'achèteront, vu les formidables
talents de mise en marché de Bill Gates. « Windows 95
ne tuera pas le Mac, croit Christos Tsirbas. Les consommateurs sont
intelligents. Quand on entend Bill Gates déclarer à gauche et
à droite que Windows 95, c'est l'avenir. Je regrette, ce que Windows
fait en 95, mon Mac le faisait dès 87! La preuve, c'est que tous les
vendeurs vont vous dire que Windows 95 a telle caractéristique,
"pareil comme un Mac"! »
En outre, les consommateurs québécois devront attendre
jusqu'en novembre avant de pouvoir utiliser une version française au
même prix. Pour bien des gens au Québec, Windows 95 a
plutôt été le clou dans le cercueil de Microsoft...
Cet article a été mis en ligne le 17 septembre 1995
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