Jean-Hugues Roy

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Le Devoir: la dégringolade se poursuit

L’année financière 2014 du Devoir a été moins pénible que l’année précédente, mais la situation du quotidien de la rue de Bleury demeure préoccupante. C’est ce qui ressort des documents déposés sur SEDAR le 22 avril vers 20h30.

Le dernier exercice financier du Devoir s’est achevé sur une perte nette de 720 000 $. C’est un déficit moins important que celui de l’année précédente, qui totalisait près d’un million et demi de dollars. Mais en 2013, le recul était dû en grande partie à une dépréciation de la survaleur (goodwill), un exercice comptable. La perte opérationnelle concrète, en 2013, se chiffrait à 470 000 $. Le déficit de 2014 est donc, si on compare des pommes avec des pommes, plus important.

Le chiffre d’affaires du quotidien s’établit à 16,99 millions de dollars pour l’année 2014, un recul de 5% par rapport à 2013. Cette mauvaise performance a été causée en grande partie par une baisse de 9,2% des revenus publicitaires, nous apprend le directeur du quotidien, Bernard Descôteaux, tout en ajoutant qu’il ne croit pas à un modèle d’affaires exclusivement basé sur la pub. Les lecteurs sont prêts à payer pour un contenu de qualité, croit-il: «La qualité de l’information au Devoir ne se conçoit pas sans une totale indépendance éditoriale, laquelle nous vient d’abord des lecteurs.»


 

J’ai mis à jour, ci-dessous, les deux graphiques du chiffre d’affaires et des bénéfices (ou des pertes) du journal à partir des données trimestrielles disponibles dans le rapport de gestion également rendu public le 22 avril en soirée.

Comme on le voit, la tendance des 10 dernières années, exprimée par l’interpolation polynomiale (courbe de couleur bleu pâle), demeure la même. Après une croissance dans la première décennie du XXIe siècle, le chiffre d’affaires et les profits du Devoir sont en chute libre depuis 2012:

Évolution du chiffre d'affaires trimestriel du Devoir (2004-2014)
Évolution du bénéfice net trimestriel du Devoir (2004-2014)

Actifs et passif

Pour avoir un bon indice de la santé financière d’une entreprise, il convient également d’examiner la valeur de ses actifs et de son passif.

En 2014, les actifs du Devoir se sont chiffrés à 4,8 millions de dollars, une diminution de 8% par rapport à 2013 (5,2 millions $). Pendant ce temps-là, son passif augmentait de 2%, passant de 3,6 à 3,7 millions de dollars. Ce n’est jamais une bonne nouvelle quand notre passif augmente et nos actifs diminuent. Au final, cela veut dire que votre bilan, votre valeur au strict sens financier, décroît.


 

Par souci de transparence, je précise que je suis abonné au Devoir. Oui, je paie pour être informé. J’ai aussi participé, avec les Amis du Devoir, à la mise sur pied d’un prix de journalisme étudiant qui en est à sa troisième édition, Le Devoir de la presse étudiante (je ne suis plus membre du conseil d’administration depuis la fin 2014).

3 commentaires

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  1. Bizarre. A vue de nez, il semble y avoir un cycle de 4 ans dans le chiffre d’affaire?

    1. En fait, c’est un cycle annuel, car les données sont extraites d’états financiers trimestriels (tous les 4 mois).

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