lundi, 13 novembre 1995
Amsterdam /
arrivée à Bruxelles

Où le stagiaire rencontre un alter ego amstellodamois,
et commente l'architecture bruxelloise au Java




Petit changement à l'horaire prévu. L'escale à Amsterdam a été allongée de quelques heures, ce qui fait que nous n'arriverons pas en matinée à Bruxelles et que nous ne serons pas accueillis cet après-midi au Q.G. belge de l'Agence Québec Wallonie Bruxelles pour la jeunesse (ci-après appelée AQWBJ) par M. Daniel Menschaert, secrétaire exécutif.
Par contre (et c'est fichtrement chouette), nous passerons ces quelques heures dans la plus grande ville de Hollande, ville dont le symbole (et ce n'est pas une blague) est le suivant:



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La brume ne s'était pas encore tout à fait levée quand l'avion a touché la piste de Schiphol, l'aéroport international d'Amsterdam où, il y a quelques années, un autre appareil est entré en collision avec un HLM (vous vous souvenez de ces immages dantesques, l'immeuble en feu, des centaines de morts).
Comparé aux aéroports montréalais, Schiphol est une merveille d'efficacité: tout est près de tout, il y a une gare au sous-sol, un Burger King et un bureau de change où nous avons changé quelques dollars canadiens en florins au taux effarant d'un dollar canadien pour un florin! Avant de partir, le Universal Currency Converter m'avait dit que notre piastre élizabéthaine valait 21,60 francs belges. Est-ce qu'elle en vaudra encore autant demain, quand nous encaisserons nos indemnités de séjour? Votez «NON» au référendum, qu'ils disaient. Le dollar canadien, y'a que ça de vrai, qu'ils disaient...


Pour meubler l'attente à Amsterdam, le chargé de projets de l'AQWBJ à Bruxelles, Fabien Mangin, nous a organisé une petite rencontre aux locaux de la CJP (Cultureel Jongeren Paspoort, organisme au logo étrange qui gère l'octroi d'une espèce de passe pour jeunes hollandais de moins de 26 ans, donnant droit à des rabais sur toutes sortes de bidules: cinoche, vidéos, concerts, bouquins, musées, auberges de jeunesse, etc.) pour rencontrer quelqu'un qui nous explique comment fonctionne De Digitale Stat, la «cité numérique» (ou Digital City), projet célèbre de branchement communautaire à Internet, financé en partie par la municipalité des 3X et dont Wired a parlé dans son numéro de juin 1995.

De Digitale Stad

Dans les bureaux du CJP, d'où nous avons une vue splendide sur le Damrak et la gare centraale d'Amsterdam, nous avons été accueillis par les sympathiques Eme (son nom de famille m'échappe) et par Robert van Weperen, journaliste spécialisé sur -tiens donc- Internet.
Eme nous a indiqué que le CJP allait ouvrir, le 23 novembre, un net.café virtuel sur la Digitale Stat. Il s'agira en fait d'une zone de webchat, c'est-à-dire de discussions en direct entre internautes par W3 interposé.



Un de nos hôtes à Amsterdam: Eme.

Puis, Robert nous a fait la petite histoire de la Digital City et nous a expliqué le concept. Ce que j'en comprends, c'est qu'au départ, il y avait un groupe de hackers (et les hackers hollandais ont une réputation en béton), qui avait un magazine bien connu appelé Hack-Tic (leur nom de serveur est «xs4all», lisez «excess for all», de l'excès à profusion), qui cherchait un moyen de continuer à pitonner, mais légalement. L'idée leur est venue, il y a bientôt deux ans, de lancer un projet de réseau télématique communautaire calqué sur les Freenets américains: la Cité numérique. Les hackers sont des criminels électroniques un peu romantiques, des espèces de Robin des Bois des temps modernes. Ils cherchaient donc à donner accès au Net au plus grand nombre. L'idée a plu à la municipalité, qui a même accordé une subvention de démarrage à ces cybervandales réformés et zoem!, De Digitale Stat (DDS) est née.
Facile d'accès au début, l'interface actuelle de DDS (version 3.0) est très sophistiquée et exige que les gens soient branchés en SLIP/PPP, avec full Netscape, ce qui contredit un peu les objectifs initiaux des créateurs du projet, qui voulaient mettre sur pied une communauté virtuelle la plus accessible possible.



La Digitale Stad, telle qu'elle présente sur le web.

Digital City se présente comme suit: diverses «places publiques» («plein», en néerlandais) représentant chacune un thème (culture, sports, etc.) ou un commanditaire (IBM, Radobank, etc.) autour desquelles peuvent «habiter» 25 citoyens numériques (c'est-à-dire qu'il y a place, autour de chaque «place», pour que 25 membres de DDS mettent leur «home page» personnelle). Sur la home page de Robert, dont je ne retrouve plus l'URL, on voit un frigidaire.
Aujourd'hui, De Digitale Stat a plusieurs centaines de membres, roule avec 50 modems et compte environ 3000 touches par jour sur sa page d'accueil.

Vu du Québec, j'ai une vision de la Hollande comme étant un pays très branché. Je demande à Robert, qui travaille entre autres avec un magazine appelé Net, combien de Hollandais sont branchés au Net: environ 60 000. Je suis étonné. C'est la moitié du nombre de branchés québécois, pour un pays qui a une population deux fois plus importante que celle du Québec (environ 15 millions). En poursuivant la discussion avec Eme et Robert, on comprend que le contexte télématique hollandais (qui ressemble beaucoup à ce qu'on vit en Belgique) n'est pas très favorable au Net. D'abord, les Pays-Bas sont si densément peuplés, que les gens se déplacent beaucoup: «Le e-mail ne sert pas à grand chose quand tous nos correspondants sont si près», dit Eme. Ensuite, les ordinateurs coûtent une petite fortune. Le Macintosh Performa sur lequel Robert a fait sa présentation vaut 4000 florins, c'est-à-dire près du double de ce qu'il coûte au Québec (entre 2000$ et 2200$). De plus, un compte auprès d'un fournisseur d'accès Internet vaut environ 35 florins par mois, soit plus de 10$ de plus que les 25$ que cela coûte en moyenne au Québec. Enfin, et c'est l'obstacle ultime, la Belgacom locale impose des frais aux télécommunications locales: 3,60 florin l'heure entre 8h et 18h (moitié moins en dehors de ces heures), ce qui est, de mon point de vue de branché nord-américain, une arnaque épouvantable.



Notre autre hôte à Amsterdam: Robert van Weperen.

Une heure de tourisme avec Robert

Après ces présentations, Robert nous offre de faire avec lui une balade en bateau mouche sur les canaux d'Amsterdam. Plus trappe-à-touristes, tu meurs (j'imagine que ça se compare à un tour de calèche dans les rues du Vieux Montréal ou du Vieux Québec), mais nous ne nous amusons pas moins pour autant.
Plus je discute avec Robert, plus je découvre, au-delà du journalisme sur Internet, que nous avons de nombreux points en commun. En sortant du CJP, il me montre son vélo, sur lequel se trouve un siège pour bébés. Il est, comme moi, jeune papa, et cycliste urbain par-dessus le marché (le vélo est, entre mars et novembre, mon moyen de transport de premier choix, à Montréal). Robert a même voyagé en «fiets» dans de nombreux pays, et quelques-uns de ses récits de voyage se retrouvent sur le Net!

Après avoir vogué sur les canaux d'Amsterdam, Robert nous a offert une micro-tournée du Red Light, situé tout près, l'autre cliché touristique de la ville. J'étais plutôt attiré par ces petites boutiques desquelles des effluves de cannabis sativa émanaient, mais nous n'avions pas le temps d'y toquer.
N'empêche que ce Red Light, c'est quelque chose. En comparaison, le coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent, à Montréal, ressemble à EuroDisney (un parc d'attraction pour toute la famille). On a vu la Oude Kerk, célèbre église autour de laquelle s'articule le quartier, ainsi que les non moins célèbres vitrines du sexe. En fait, il ne s'agit pas de vitrines, mais de portes percées dans les murs. Les portes sont vitrées. Quand on voit une demoizelle (et la plupart sont d'affreuses junkies ratatinées), c'est qu'elle est libre; si le rideau est tiré, c'est que la demoizelle est occupée.
Il est strictement défendu de prendre des photos. Bertrand, qui venait de commettre la première d'une longue série de frasques, a bien tenté de surseoir à l'interdit en sortant son appareil et en visant les prostituées, mais notre guide Robert a dû l'avertir plusieurs fois: d'autres touristes se sont essayé, a-t-il précisé, les filles lui ont couru après et lui ont fait avaler sa pellicule.

Vers Bruxelles

Sur ces entrefaites, nous sommes retournés à Schiphol où nous avons fait un saut de puce en avion vers Zaventem, l'aéroport international de la capitale belge. Un minibus nous a ensuite menés au CHAB (Centre d'hébergement [que signifie le «A», déjà?] de Bruxelles), rue Traversière, dans le quartier du Botanique.

Premières impressions de Bruxelles: quelle déception. Ville d'autoroutes, de gratte-ciels qui défigurent le paysage, tout particulièrement cette immense «slab» de béton gouvernementale située tout près du Botanique. Quelle horreur! Fabien nous raconte, exemple à l'appui, ce qu'est la «Bruxellisation».

Au CHAB, Pierre Côté et moi partagerons la chambre 34, un réduit de huit mètres carrés comprenant deux lits de camp, un lavabo, une penderie, des tuiles qui tombent tout seul et de la tapisserie «Au bon marché» (Oui Papa!).
En pénétrant dans notre chambre et en testant la tapisserie, Pierre a immédiatement rebaptisé le CHAB: «Câlisse de shack!» Le nom est resté. (SHACK: Service d'hébergement approximatif pour Canadiens du Kébek). Pour nos amis belges, précisons que «shack» est un mot anglais qui signifie à la fois «cabane» et «cabinet d'aisance».

Nous sommes ensuite allé aux locaux de l'AQWBJ, boulevard Adolphe-Max, où Fabien et Jean-Marc nous ont remis une brique de documentation, ainsi qu'un chèque pour nos indemnités de séjour: 1200 francs belges par jour.



Les deux chargés de projet de l'AQWBJ, dans les locaux bruxellois:
Fabien Mangin, à gauche, basé à Bruxelles et
Jean-Marc Urbain, à droite, basé à Montréal.

Le soleil n'était pas encore tout à fait couché, mais pour nous, because décalage horaire, il était près de minuit, heure de Montréal. Qu'importe, presque tout de suite après notre arrivée, nous sommes allés au centre-ville pour notre première sortie de groupe. Jean-Marc nous a amenés à la Mort Subite, resto typiquement bruxellois situé tout près de la Plaza Saint-Hubert. Omelette. J'ai essayé une gueuze. Dégueulasse. Je me suis rabattu sur une Grimbergen, au goût beaucoup plus heureux.

Puis, nous avons été passer quelque temps au «Soleil» petit bar alterno, où j'ai finalement beaucoup jasé avec Serge (photo ci-contre), journaliste rock que Pierre avait contacté à partir de Montréal. Discussions sur la musique techno et le phénomène rave, en déclin en Europe semble-t-il. Et moi qui voyaisle Benelux, avec ses événements comme le Trance Europe Express, et autres, comme le coeur mondial de la culture techno. Ça m'a un peu attristé. Serge nous a néanmoins branché sur quelques boîtes hot en ville: Fuse, Ex-Voto, Sud, etc., clubs que nous nous promettons d'aller visiter (et que nous visiterons, vous pouvez me croire!).
Au Soleil, j'ai ramassé tous les flyers qui traînaient dans l'antichambre des W.C. (les seules qui, de tout le voyage, étaient gratuites): Radical Dub Selection, Zero Moon, Odex Protocole, etc. Bruxelles, mais surtout Anvers, ont l'air de villes qui groovent pas mal.
Flippez sur Xingu Hill.

Par la suite, le groupe s'est déplacé au Java, bar tropicalo-gna-gna où le monde a commencé à prendre un coup un peu plus solide. Avec les plus sages, nous sommes rentrés à pied au CHAB vers les 01h00. En traversant le centre de Bruxelles, à l'architecture bâtarde, nous nous sommes arrêtés à cette place sur laquelle trône une gigantesque affiche animée de Coca-Cola. Pendant une nanoseconde, on se serait cru sur Times Square, à New York.
J'ai joué une partie de billard avec Bruno (victoire, par la peau des fesses) et je suis monté me coucher. Il était 8h00, heure de Montréal.


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©1996 Jean-Hugues Roy (hugo@reporters.net)