
Si je te demandais de faire un mur, un contrat, tu accepterais?
Seaz
Tout à fait! Mon crew et moi, on a déjà fait des contrats: une boutique de tatouage sur Sainte-Catherine, par exemple.
Est-ce que c'est vous qui avez fait cette boutique de vélo sur la rue Ontario au coin de Beaudry, par exemple?
Seaz
Non. Ça c'est Mersh [NDLR: Mersh est l'ancien nom de Stack] et Maink qui ont fait ça dans le temps. En fait, il y a trois succursales de CyclePop et ils ont fait les trois.
Pour ce qui est de nous autres, il y a un bar à Shawinigan qui veut qu'on fasse une murale. On trouve ça le fun parce que c'est légal.
Penses-tu que les tagueurs devraient se réunir, faire des conférences de presse, par exemple, pour montrer que vous n'êtes pas des membres de gang, mais des artistes?
Seaz
Même là. Les artistes ne sont pas acceptés par la société. L'art est trop souvent associé à la drogue ou à la criminalité. Tout le monde est convaincu que les musiciens et les poètes sont des drogués, que les acteurs font de la drogue.
Non. Ce qui compte, c'est que les "graf artists" de Montréal soient unis. Si on est seulement capables de réussir ça, on va certainement vaincre bien des préjugés.
As-tu eu des cross out sur tes oeuvres?
Seaz
Pas à date. Flow, par contre, en a eu plusieurs. Il y a un gars qui s'appelle Bloo qui s'acharne sur Flow pis ça c'est pas cool.
C'est qui, ce Bloo?
Seaz
On ne sait pas c'est qui. On espère simplement qu'il ne se fera pas pogner, autrement...
Il manque de respect à l'un des plus gros artiste du graffiti à Montréal. Tout le monde respecte Flow. Il est l'une des raisons pour laquelle j'ai rembarqué là-dedans, carrément.
Pourquoi faire un crossout sur Flow?
Seaz
C'est une question de jalousie. Il y a aussi le fait que Bloo va faire un cross out sur Flow, il devient aussi connu que Flow. Il profite du fame de Flow. C'est vraiment chien.
Dans le fond, j'espère que Bloo va se faire pogner. Il va se faire brasser.
Est-ce qu'il y a un code d'éthique des graffitistes?
Seaz
Par exemple, les hôpitaux, les églises, on ne touche pas à ça. Les chars non plus. Un vrai artiste va respecter ça, autrement il ne se fera pas respecter par la communauté des graffitistes. Ce n'est pas cool.
[Un camion de livraison passe sur la rue Saint-Patrick]
Des trucks comme celui-là, par contre, c'est permis. Les trains aussi. C'est parce que ça appartient à une compagnie, anonyme. L'idée derrière le graf, c'est que ton nom soit sur la rue. Si tu veux que le monde voie ton nom, il faut que tu le mettes sur des objets qui sont visibles. Tiens, moi j'aimerais faire des camions de vidange: ils sont toujours sur la route! Si jamais j'ai la chance, je vais en faire!
Et le métro, tu t'y attaquerais?
Seaz
Le métro est vraiment tough. Le métro de Montréal est entièrement souterrain. À New York, plusieurs sections sont extérieures. À Toronto aussi. Alors c'est plus facile là-bas.
Par contre, on voit beaucoup de tags avec des marqueurs à Montréal.
Ouais mais y sont nettoyés assez vite quand même...
Seaz
Ouais. La STCUM est assez vite.
En fait, j'aimerais bien faire un autobus au complet! Tu sais, comme ceux qu'on voit souvent.
Pour le Festival Pepsi jeunesse, mettons!
Seaz
C'est en plein ça! Je ne comprend pas pourquoi la STCUM ne demanderait pas à des graf artists de faire ça.
Ils ne vous connaissent pas! Vous n'avez pas de cartes d'affaires!
Seaz
En fait, c'est que plusieurs artistes ont deux noms: un pour faire du travail légal; l'autre pour le travail illégal. Et on ne donne jamais notre nom légal quand on fait un graf.
C'est quoi ton nom légal?
Seaz
Je ne peux pas le dire. Mais de toutes façons, tout le monde a un style qui est reconnaissable. Prend mon chum Cast, par exemple. Son style est assez connu. Alors même s'il travaille sous un autre nom, les autres artistes vont le reconnaître.
What's the future for Seaz?
Seaz
À un moment donné, je vais "bomber" comme un malade. Je vais taguer sur le highway. Je vais prendre des risques. Souvent. Des risques que je ne devrais peut-être pas prendre. Mais il le faut, parce que comme je ne suis pas connu. Alors si je fais quelque chose de vraiment débile, à un endroit réellement crackhead, on va peut-être me respecter.
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©1995-96 Jean-Hugues Roy
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