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Les exilés bosniaques sur le Net
Une bouteille dans le cyberespace


par Carlos Soldevila

Image Coca-Cola du groupe Trio Damir Tomicic est un Croate de Bosnie. La guerre l'a forcé à s'exiler en Allemagne où il poursuit ses études.
Il a vu ses meilleurs amis mourir; les autres, partir. Sur son site Web, on reconnaît l'esprit d'un jeune comme les autres : de l'humour, des caricatures et une série de liens « branchés ». Mais Internet a une dimension qu'il ne partage qu'avec une poignée de personnes. Pour Damir Tomicic, le Net est carrément une question de survie.

Damir Tomicic a quitté Banja Luka, en Bosnie, fin 1992. « Vivre à Banja Luka, c'était très difficile. Le gouvernement serbe y a monté trois camps de concentration : Manjaca, Omarska et Trnopolje. Plusieurs Croates ont été tués; à Manjaca, des milliers. Ma famille a été forcée de quitter Banja Luka pour la Croatie. J'ai vu mourir des amis de mes propres yeux. »

En Allemagne, Damir a la vie dure. Il doit travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.
Cependant, Internet lui permet de vaincre un fort sentiment d'isolement et d'impuissance face à l'ampleur du conflit. Il communique régulièrement avec ses amis de Banja Luka qui se sont réfugiés en Suède, en Australie et aux États-Unis. Il maintient aussi une page Web sur la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. Cette page lui a permis de rencontrer des Croates et des Serbes à travers le monde qui, comme lui, sont victimes de cette guerre.

« L'importance du Net est qu'il permet de savoir ce que les gens à travers le monde pensent de cette guerre. On peut contacter des politiciens, chercher ses parents ou ses amis, demander de l'aide, tout ça depuis sa maison. Internet est une occasion unique pour les gens ordinaires de dire et de faire quelque chose. »

Élèves autour du laptop d'un journaliste, à
Sarajevo Damir a organisé des cueillettes de nourriture et de médicaments par Internet. Il a envoyé d'innombrables lettres à des fondations pour venir en aide à ses compatriotes bosniaques. « Grâce à son aspect interactif et à sa rapidité, dit-il, Internet est un excellent moyen pour réaliser ce genre de collecte ». Il travaille actuellement à une collecte de fonds et de matériel informatique pour venir en aide aux écoliers d'un petit village bosniaque.

Cependant, tout n'est pas rose sur Internet. Les forums de discussion ne sont pas à l'abri des propos haineux. La guerre en ex-Yougoslavie se poursuit dans le cyberespace : « Ces conflits cybernétiques sont une bonne occasion de discuter sans pour autant s'entre-tuer. J'espère que le Net va permettre de façonner un avenir meilleur pour les habitants de l'ex-Yougoslavie. »


Cet article est en ligne depuis le 22 octobre 1995

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