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Synergie
Louis Veillette
Électro-bouddha


par Jean-Hugues Roy

fractal Tout a commencé chez Radio Shack. « C'est là où j'ai eu mes meilleures idées », raconte Louis Veillette, 29 ans.
Il travaillait dans ce temple de l'électronique quand il s'inscrivit par mégarde à un cours d'histoire de l'art : « Je pensais m'inscrire à un cours en cinéma... Je faisais des bols de toilette en terre glaise et je me suis rapidement rendu compte que je n'aimais pas ça », relate-t-il en riant aux éclats.

Il a trouvé sa voie quand il a travaillé à Images du futur, en 1987. « J'ai eu la responsabilité de l'installation de L'Écran humain », se souvient-il. Expérience marquante, qui l'a amené à l'intersection de ses deux champs d'activité : l'électronique et l'artistique.

Engagé par la suite chez Prim vidéo, il fait la rencontre de Jimmy Lakatos. « C'est lui qui m'a amené dans un rave, le premier de Montréal, Solstice, à l'ancien Musée d'art contemporain. J'ai flashé tout de suite. Je me suis rendu compte que les raves sont la meilleure scène pour exprimer les idées qu'on avait. »

fractal C'est que Veillette commençait déjà à avoir passablement d'idées. « J'ai un talent pour fabriquer des pipes pour fumer de la drogue », dit-il. Ça aide, forcément! ;-)
Des tas d'images lui venaient en tête. Il voulait les faire sortir de son cerveau et les projeter sur un mur.
« J'avais acheté deux projecteurs vidéo verts pour trente piastres dans un pawn shop, se souvient-il. Les raves, ç'a été pour moi un flash encore plus fort que pour Jimmy. Il baignait déjà dans cette culture-là, musique techno et tout. Moi, j'étais plus alternatif, les Pixies, etc. Mais je commençais à en être tanné. J'avais l'impression, déjà à l'époque, que dans la musique alternative, on arrivait au bout du tunnel. »
Aujourd'hui, pour lui, la seule musique qui mérite vraiment l'étiquette d'« alternative », c'est le techno. « La scène alternative, en ce moment, c'est la scène techno. On est l'alternative à l'alternatif! »
Il a donc plongé dans l'univers rave à 240 tours minute : « Dans les raves, l'atmosphère est foncièrement bonne. Les gens dansent, ils trippent. C'est sans compromis. J'ai trouvé que c'était une excellente façon d'entrer dans le prochain siècle . »

Il a aussi sauté à pieds joints dans l'univers du Net. C'est le surfer du groupe. Et le webmaster du site surréaliste de Synergie.

Ses influences?

Il possède d'abord ce qu'il appelle une « influence inconsciente », découverte en voyant un film sur Brian Eno. « Je me suis reconnu dans la façon dont ce gars-là travaille, sa méthode. J'avais l'impression de me voir. Et pourtant, je n'avais pas fumé! C'est un type qui surfe bien sur le chaos. »
Andy Warhol compte également au nombre de ceux qui l'ont façonné. « Je ne l'admire pas nécessairement, précise-t-il. Mais je l'aime parce qu'il est habité d'une belle folie. J'aime aussi la façon avec laquelle il a navigué dans l'environnement qui l'entourait à son époque. Il a pris le commercial, et il en a fait son affaire. »
Bernard Derome Veillette est en effet très warholien dans sa manière d'appréhender le réel. « Une des raisons principales pour lesquelles j'ai fait de l'art, indique-t-il, c'est qu'à un moment donné, j'ai regardé ce qui se faisait autour de moi et j'ai trouvé ça plate! Dans l'art, il n'y a ni cul, ni argent, ni politique, ni produits commerciaux, alors que c'est présent dans notre vie de tous les jours. C'est vrai que c'est beau une canne de soupe Campbell. C'est comme Bernard Derome, qui, lui aussi, est une présence quotidienne. Bernard Derome, c'est en quelque sorte notre "crème aux champignons" à nous! »


Cet article a été mis en ligne le 17 septembre 1995

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