Jean-Hugues Roy

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La carte des armes à feu au Québec

En ce 25e anniversaire de la tuerie de Polytechnique, il est troublant de constater qu’il y a, dans plusieurs régions du Québec, plus d’une à feu par ménage.

C’est ce qui ressort de cette carte (lien direct):

Au moment où le premier ministre du Québec dit envisager de mettre sur pied un registre québécois des armes à feu, la carte donne une idée générale de leur répartition dans la province.

On y voit en quelque sorte un Québec coupé en deux:

  • le Québec rural, où il y a autant d’armes que de ménages, et
  • le Québec urbain où il y en a, dans certains quartiers, une concentration 10 fois moindre.

 

Méthodologie

Cette carte a été réalisée à partir de plusieurs sources:

  1. J’ai commencé avec la copie du Registre des armes à feu obtenue par La Presse en novembre 2013. Dans l’esprit du journalisme open source, l’équipe du quotidien de la rue Saint-Jacques a rendu publique sa copie sous la forme d’un énorme fichier CSV de plus de huit millions de lignes!

    Dans le fichier, qui est une « photo » du registre tel qu’il était en janvier 2012, il y a donc près de huit millions d’enregistrements. Près de huit millions d’armes à feu au Canada, dont 1,7 million au Québec. Chacun de ces enregistrements a été « anonymisé ». On n’a évidemment ni le nom, ni l’adresse du propriétaire de l’arme à feu. Tout ce qu’on a, ce sont les deux premiers caractères de son code postal.

    Qu’est-ce qu’on peut faire avec ça? Pas grand-chose… Il n’existe pas de carte des deux premiers caractères des codes postaux.

  2. Il existe cependant des fichiers de polygones des trois premiers caractères. On appelle ces trois premiers caractères les régions de tri et d’acheminement (RTA).

    J’ai utilisé QGIS pour regrouper ces polygones. Il fallait regrouper le polygone G0A, le polygone G0B, le polygone G0C, etc. en un seul polygone pour représenter G0. Et ainsi de suite pour tous les RTA. Je me suis limité au Québec. Je ne me souviens plus il y a combien de RTA à trois caractères au Québec. Mais après regroupement, ça donnait 28 polygones correspondant aux RTA à deux caractères, de G0 à J9, en passant par G1, H7 ou J4. J’ai fait ça l’an dernier et expliqué le tout ici. Ça donne des territoires très étranges, discontinus et morcelés.

  3. J’ai ensuite écrit un script en ruby pour compter les enregistrements pour chacun des RTA à deux caractères contenus dans le gros fichier CSV de La Presse.

    Court script, mais long traitement! Le script a travaillé, en mode local pourtant, pendant toute une nuit! Le résultat est un tout petit fichier CSV du nombre d’armes enregistrées dans chacun des codes postaux à deux caractères au Canada.

  4. Il fallait ensuite aller trouver la population de ces territoires. Statistique Canada a des données (population, ménages, etc.) par RTA, données que j’ai combinées pour avoir la population et le nombre de ménages pour chacun des RTA à deux caractères du pays et que j’ai ajoutées à mon petit fichier CSV.

    Cela m’a permis de calculer le nombre d’armes par habitant et par ménage pour chacun des RTA à deux caractères du Canada.

  5. J’ai affiché sur une carte les résultats pour le Québec. À ma connaissance, c’est la première cartographie des armes à feu chez nous.

Ensemble des fichiers et des scripts accessibles sur Github: ici.


 

En prime, comment le Québec se compare au reste du Canada:

4 commentaires

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  1. J’adore le genre d’analyse de données, et c’est effectivement une catégorie de journalisme qui apporte beaucoup de valeur.

    Une nuance cependant (qui est certainement évidente pour l’auteur, mais peut-être pas pour tous les lecteurs) : on parle de plus d’une arme à feu par ménage… en moyenne. Les rares propriétaires d’arme à feu que je connais ont plusieurs armes, ce qui suppose que plusieurs ménages n’ont pas d’armes à feu.

    En d’autres termes, il n’y a des armes dans tous les ménages de ces régions, et peut-être même pas dans la majorité des ménages de ces régions.

    Est-ce que les données indiquent combien de ménages n’ont pas d’armes? Dans un contexte de prévention de la violence familiale, c’est la donnée qui me semble la plus importante : mon intuition est que le facteur de risque est la présence ou non d’une arme, et non le nombre d’armes (pas plus de risques avec trois carabines qu’avec une seule). C’est mon intuition, mais d’autres ont probablement des données empires pour la confirmer ou l’infirmer.

    1. Malheureusement le facteur déterminant dans la violence familiale n’est pas la présence d’arme à feu ou non. La présence d’arme à feu n’est pas la cause de la violence. Comparons par exemple trois pays : É-U, Canada et la Suisse. Là où il y a le plus de violence familiale, ce sont les États-Unis suivi du Canada et en fin de peloton; la Suisse. Vous allez me dire que les États-Unis sont les plus armés, c’est faux. Les Suisses possèdent plus d’arme par citoyen en raison notamment du service militaire et de la grande milice dans ce pays. Le Canada est deuxième devant les É-U. Pourquoi est-ce le cas. Si ce n’est pas en corrélation avec le nombre d’arme à feu qu’est-ce donc ? Les inéégalités sociales tout simplement. Même dans un contexte où la présence d’arme est plus grande, seules les inégalités sociales influences la violence conjugale.

      1. Désolé de l’ambiguïté de ma phrase. Par « facteur de risque », j’entendais « risque que la violence familiale dégénère en meurtre ». Sauf erreur, sur un territoire donné, la corrélation entre la présence d’une arme à feu et la probabilité d’un meurtre familial est valide.

  2. He on oublie les armes illégales des gangs de rue. La région de Montréal serait en rouge feu pas en blanc.

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