mardi, 21 novembre 1995
Namur, jour 2
Où notre stagiaire reçoit de bien tristes nouvelles de Montréal
[Heureusement, c'est aujourd'hui la fête de Björk! Elle a 30 ans.]




Le programme nous a ramenés à l'Institut d'informatique des FUNDP où nous avons assisté à des présentations individuelles d'autres organismes et d'autres chercheurs affiliés à la CITA - où Béatrice, rappelons-le, est chargée de recherche.


Une vue sur le campus des Facultés universitaires Notre-Dame-de-la-Paix
En médaillon, quelqu'un qui travaille sur son ordinateur. Le voyez-vous?

M. Yves Poullet, du Centre de recherches informatique et droit (CRID) s'est entretenu avec nous des aspects légaux entourant l'implantation des inforoutes. Le CRID a travaillé avec le Conseil de l'Europe sur la notion de démocratie électronique. Mylène, avocate, était toute ouïe! Moi aussi!

Parmi les questions qu'il a abordées:

M. Poullet avait de très intéressantes réponses à ses questions. Il a notamment rappelé qu'à l'origine, quand les radios privées sont apparues en France et en Belgique, on a craint qu'elles se mettent à dire n'importe quoi en ondes. «Mais on s'est rendu compte qu'une logique commerciale - imposant une certaine auto-censure - a prévalu.» Il ne croit pas à la règlementation, qu'elle soit nationale ou internationale. Il croit plutôt qu'il faudrait réfléchir à un nouveau statut de «modérateur» (comme les modérateurs bénévoles qui supervisent, à l'heure actuelle, certains forums UseNet) dont le rôle pourrait être défini par l'État, un peu comme la profession de journaliste l'est en Europe. Une quasi-profession, quoi.
Quand j'ai soumis à M. Poullet l'idée mise de l'avant par la Internet Society et selon laquelle un organisme privé donnerait des cotes au contenu diffusé sur le Net, cotes qui seraient ensuite utilisées pour calibrer différents filtres insérés dans les logiciels navigateurs du web ou des newsgroups, il a convenu que c'était peut-être une solution envisageable.

Au moment où ce fut au tour de Tien Nguyen (photo ci-contre), spécialiste de l'informatique appliquée au domaine de la santé, j'ai dû quitter le local.


L'exemple asiatique

Retour ensuite au local où M. Nguyen n'avait pas terminé son exposé, qui portait surtout sur une expérience de carte à puce contenant un dossier médical, expérience menée en même temps en Belgique et à Saint-Fabien, PQ. D'une candeur rafraîchissante, M. Tien nous avoua qu'il était plutôt contre les cartes à puce médicales: «C'est bon pour les gens qui ont des maladies chroniques, comme les personnes âgées. Mais je suis contre la généralisation de pareilles cartes. Pourquoi? Parce que c'est un gadget!»


Photo "Chiclets" du groupe à Namur:
bons à l'intérieur,
bons à l'extérieur.
[si nous ressemblons tous à des extra-terrestres, c'est à cause de la compression jpeg]

Mauvaises nouvelles de Montréal

Tandis que le groupe a suivi Béatrice pour dîner à la cafétéria des Facultés, logeant dans l'ancien arsenal de Namur, je suis allé en ville pour téléphoner à Montréal, non sans avoir pris soin de m'acheter un sandwich à la petite échoppe sise en face de l'épicerie Stimart, rendue célèbre par C'est arrivé près de chez vous, film culte ici, en Belgique.
Je voulais également aller faire un petit tour de bus à Profondeville (photo ci-contre). Pourquoi ce bled? Parce que ma première blonde, une marionnettiste appelée Marianick Viatour, a ses racines là-bas. Son père y est né, et moi, géographe dans l'âme, toujours friand de lieux à la toponymie amusante (si vous venez au Québec en février, faites une saucette dans la baie des Ha! Ha! Vous comprendrez l'origine du vocable), il fallait que j'aille voir ça.


Bref, j'ai mangé mon sandwich en direction de la gare, d'où partent les autobus vers Profondeville. Mais auparavant, j'ai téléphoné d'une cabine sur la place. Le soleil s'arrachait à peine de l'horizon, sur Montréal enneigée. Et Manon, à l'autre bout du fil, pleurait comme une Madonne. Les nouvelles n'étaient pas bonnes. Sa mère était entré la veille d'urgence à l'hôpital. Une soudaine leucémie. Et du type le plus virulent. Manon était persuadée que sa mère mourrait avant son trentième anniversaire, sans voir grandir son petit fils, Xavier. Elle me dit qu'elle aurait besoin que je sois auprès d'elle. Mais me voilà à des milliers de kilomètres, le cul sur l'asphalte de la place de la gare, à Namur. Ça me fait un choc. Je vois les parents de ma copine plus souvent que je ne vois les miens. Contempler la mort de ma belle-mère, c'est contempler celle de ma propre mère...

Complètement déprimé, je suis allé quand même à Profondeville, mais y ai passé plus de temps. J'ai découvert un splendide village, rougi par le soleil couchant, doucement adossé à la Meuse, en face de superbes rochers blancs se dressant sur l'autre rive du fleuve paresseux. J'ai marché dans ses ruelles, je me suis assis dans sa petite église, j'ai regarder les péniches passer en jasant avec les oies et les colverts. Ça m'a ramoné les neurones.

Une fois le soleil couché, je suis rentré à Namur où Béatrice avait terminé sa présentation. Dans les corridors de l'Institut, alors qu'un petit goûter s'achevait, je lui ai dit combien j'étais désolé et elle m'a dit combien elle était crevée! Il y a de quoi. C'est carrément elle qui a supervisé notre passage dans la capitale wallonne! L'AQWBJ et nous autres, les stagiaires québécois, lui devons beaucoup.

Mais elle n'avait pas fini! Elle nous a ensuite tous reçus chez elle, rue Haute Marcelle, pour une bonne pizza. Nous avons écouté la télé, où nous avons vu Pierre, interviewé plus tôt à l'Institut.
Nous devions sortir, mais, nous étions amortis par la soirée de la veille (voir, à ce propos, les photos de Pierre, de Bertrand, de Stéphane et de Christine!). Nous avons d'un commun accord décidé de rester sur place. Son mari Pierre-Henri, puis Jean et Fabien nous ont rejoint.
Soirée cool! Nous avons jasé en écoutant les WaterBoys et les cranberries.



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©1996 Jean-Hugues Roy (hugo@reporters.net)