L'album d'un père

Lundi, 11 septembre 2000
Préparatifs, prise deux




Maman se rendant à la boutique de location au petit matin Samedi dernier, au petit matin, ta mère et moi sommes allés au chic Via Croûte de la rue Saint-Jacques. On allait chercher ce qu'on appelle un «cube» de 16 pieds, c'est-à-dire un camion avec un petit devant et un gros derrière.



Ce qui se passe, c'est que ton grand-père maternel a décidé d'en finir avec sa maison natale à Saint-Roch-de-l'Achigan, un petit village de Lanaudière situé en pleine zone d'élevage porcin (quel fumet).
En fait, ce n'est pas la maison elle-même qui est un problème, mais la manufacture de tabac qui l'accompagne. Avant que les porcs n'envahissent le coin, la région était reconnue pour son tabac. Ton grand-père est le dernier manufacturier de tabac artisanal au Québec. Et ça l'embête royalement.
Car ce n'est pas son premier métier (il est pharmacien, à la retraite). Il a repris la manufacture lorsque son père à lui (ton arrière-grand-père) est décédé en 1976. Mais ce ne fut jamais de bon coeur. Cette affaire le stresse depuis bientôt 25 ans et il parle de s'en débarasser depuis que je le connais, c'est-à-dire depuis plus de 15 ans!
La maison de ton grand-père à Saint-Roch-de-l'Achigan



Le «cube» rempli Il y a quelques jours, le conseil municipal est venu visiter la maison de ton grand-père et sa manufacture. La municipalité de Saint-Roch-de-l'Achigan songe acheter le tout pour faire un économusée du tabac.
Ce serait chouette si leur projet fonctionnait! Mais quoi qu'il en soit, avant que la maison ne soit vendue, il fallait la vider des meubles les moins intéressants pour les édiles municipaux et les plus intéressants pour ta mère et ses soeurs. Évidemment, nous avons pris quelques meubles qui nous serviront à mettre tes vêtements et à te langer. Ils sont quelque part dans le fouillis ci-contre.



J'aime bien cette maison, malgré le fait qu'elle soit un peu «nue» dans le village, sans arbres pour l'entourer et l'isoler de l'affreux bar salon western situé juste à côté.
On y trouve des tas de vieilleries, comme ces vieux calorifères que le gel a fait éclater l'hiver dernier et qu'un plombier a dû venir remplacer en cataschtroumpf.
Vieux calorifères



Vieux outils On y trouve aussi de vieux outils, comme cette espèce de guillotine à câbles qui doit également être très efficace pour les vasectomies.



Même ce qui se trouve dans les armoires de cuisine est ancien, à Saint-Roch. Ainsi, ce verre commémoratif de l'Expo 67 est sans égratignures comme s'il venait d'être acheté au Pavillon du Canada. Verre de l'Expo 67



Belle d'autrefois sur Décarie Ça, c'est une antiquité d'un autre genre qu'on a rencontré sur l'autoroute Décarie.



Pour nous aider dans cette entreprise (car avec ta mère qui te porte et ton grand-père qui se remet d'un infarctus il n'y avait pas grand-monde pour charrier des meubles), nous avons invité Jacques, l'ex-copain de ta tante Claire.
Jacques est un littéraire et un intellectuel. Mais il sait aussi se servir de ces biceps.
Jacques sur les rives du Lac Sylvère



Une vieille TV Jacques et moi sommes allés jusqu'au chalet du papa de ta maman, à Saint-Donat (je t'en reparlerai de ce chalet, que tu adoreras, j'en suis certain) pour y porter le téléviseur qui se trouvait à Saint-Roch. Qu'avons-nous fait avec le vieux poste noir et blanc qui y était déjà? Nous l'avons laissé sur le bord du chemin du Lac Sylvère. Un patenteux le ramassera certainement.
Juste à côté, il y a la boîte à déchets que ton grand frère Xavier a décorée, l'été dernier, d'un magnifique serpent de mer.



Une petite clope avant de reprendre la route. Cent vingt-cinq kilomètres sur la 125, c'est gazant.
Ne t'inquiète pas, ce n'est pas moi l'accro à la nicotine. Moi, c'est la caféine.
Une cigarette avant de reprendre la route



Une feuille jaune par terre, l'automne est à nos portes Ce fut agréable de faire cette visite éclair au chalet Saint-Germain, un lieu d'une sérénité exquise, où on peut se faire un bon «reset» des neurones.
Mais j'ai eu un pincement au coeur quand j'ai vu quelques feuilles mortes joncher l'allée. Il faisait si beau, ce samedi-là, que j'ai oublié l'existence même de l'automne.
Il arrive pourtant. Et vite. Tout comme toi, petit bébé de l'équinoxe.

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