L'album d'un père

Lundi, 18 septembre 2000
J'accouche




Une Italienne accouche d'octuplés! Quelle manchette dans La Presse de ce matin! Ta mère s'est étouffée avec son bagel en lisant ça: «Une Italienne accouche d'octuplés». Huit d'un coup!
Juste avec un bébé qui s'en vient, c'est tout un branle-bas de combat à la maison. On n'ose imaginer ce que ce serait d'en avoir sept autres comme toi!



N'empêche qu'avec la date de ton arrivée qui approche, on commence déjà à changer nos habitudes en fonction de toi. Par exemple, j'ai acheté, samedi dernier, des couches.
Des couches... Quand j'y pense, je soupire de découragement! Ce sera l'une de mes tâches, ça, les couches. Maman n'aime pas ça du tout du tout du tout!
Des couches en vente



Mosaïque d'images prises en roulant à vélo Ce soir, j'ai assisté à une réunion de préparation des opposants à la réunion des ministres des Finances des vingt pays les plus industrialisés de la planète (le G-20) à Montréal. Ils planifient une manif pour bientôt et j'ai planifié un tournage pour ce bientôt-là.
Sauf que tout cela tombe le lundi suivant la date prévue de ta naissance. Ce n'est qu'en rentrant à vélo, ce soir, que je l'ai réalisé. Même si tu n'existes pas encore, tu vas exister ce ne sera pas long!



C'est donc aujourd'hui que j'ai accouché de toi dans mon imaginaire.
Ce que je veux dire, c'est que jusqu'à ce soir, tu n'étais qu'un être imaginaire. Virtuel, oserais-je dire. Une personne n'existant pas ailleurs que dans l'imagination de ton frère, de ta mère et moi.
Ce que je veux dire, aussi, c'est que ce soir, j'ai pris conscience que tu existeras bientôt. Que je pourrai bientôt te prendre dans mes bras. Parfois, je te sens déjà dans mes bras. Je sens ton petit corps sur ma poitrine. Mes sens t'ont déjà accueilli. Ils te connaissent. Et t'aiment.
Te voilà dans l'univers de mes sens. Tu as donc quitté mon imaginaire, tu es «né(e)» dans mes sens. L'antichambre de la vie.
Autoportrait de nuit dans le jardin de sculptures en face du Musée canadien d'architecture.



Entre deux joints, tu pourrais, te grouiller le cul Oh là là! Tu dois trouver que j'en fume du bon.
Et tu as farpaitement raison.

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