L'Électron libre

1er zap - Juin 1995

L'hyper-entrevue

Jacques Parizeau


Thème #12


Q. : Les artistes ont l'impression qu'on leur construit de belles cinémathèques, de beaux théâtres, mais les artistes sur le terrain crèvent de faim. Il y a de moins en moins de soutien à la création.

R. : Ben non: il n'y en a pas de moins en moins. Dans la situation économique et budgétaire qu'on connaît, le budget du Conseil des Arts n'a pas été coupé. Il a été un petit peu augmenté. Je dis pas que c'est autant que tout le monde l'aurait voulu, mais la SODEC est lancée, enfin...

Remarquez que beaucoup de ces idées, le Conseil des Arts, c'est une idée de Mme Frulla, la précédente ministre, mais qui a créé des problèmes très sérieux entre les artistes pour les bourses, entre les artistes des régions, puis Montréal et Québec. Ça, l'idée était bonne, que les pairs vont se juger entre eux, mais il y a un problème, là, de définition des rôles des régions et je pense qu'ils ont trouvé, avec l'idée de leur bourse d'émergence et bourse d'excellence. De cette façon-là, il va y avoir moyen de combiner quelque chose qui a du bon sens.

La Sodec, c'était une autre idée qui était très bien, mais qui n'a jamais abouti. C'est quand même extraordinaire: ouais, c'est une bonne idée, c'est parti tout de suite dès que j'ai appuyé sur le bouton. Aille: la consultation avait été faite par le conseil d'administration. La loi avait été passé par l'Assemblée nationale. Elle n'était pas en vigueur! Fournir des instruments, faire aboutir des choses.


Q. : Vous parliez de mesures fiscales. Armand Vaillancourt, le sculpteur, à la dernière élection, je lui ai parlé et selon lui, l'État, il faudrait que les artistes soient nourris et logés par l'État pour pouvoir créer.

R. : HA ha ha ha ha!


Q. : Qu'est-ce que vous pensez de cette proposition?

R. : Ha ha ha ha ha! Ben, on préfère habituellement fournir des bourses, puis dire aux gens: logez-vous donc où vous voulez et mangez donc ce qui vous plaît! Ha ha ha ha!

[Rire franc, comme un Père Noël]


Q. : Il disait que les bourses aux artistes doivent équivaloir aux salaires annuels, à peu près 35 000 $. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?

R. : Non, non. Ça, il ne peut pas y avoir, pas plus à l'égard des artistes qu'à l'égard de qui que ce soit dans la société, on peut avoir des revenus garantis quoi qu'il arrive. Je suis débordant d'imagination, je cherche à faire avancer les choses aussi vite, mais je ne suis pas un homme déraisonnable. Il arrive un moment donné où on dit, c'est trop! Et si on fait ça, qu'est-ce qu'on va faire avec les étudiants au doctorat en physique? Pensez-vous, un doctorat en physique, ça dure des années et des années.


Q. : J'ai justement un très bon ami qui a fait son doctorat, en physique!

R. : Ben y'a pas dû vivre gras jusqu'à son doctorat.

C'est pas parce que quelque chose est beau et méritoire dans une société qu'il faut commencer à donner 35 000 piastres par tête à tout le monde.


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Textes & photos & graphisme : Jean-Hugues Roy; mai 1995
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