L'Électron libre

1er zap - Juin 1995

L'hyper-entrevue

Jacques Parizeau


Thème #5


Q. : Dernière question à titre de ministre des Communications: la plupart des experts, des gens qui sont bien branchés, le milieu, dit que le projet UBI est un véritable cul-de-sac technologique. Ils disent que si tout le Québec est branché à la UBI, on va se retrouver comme les Français, dans un ghetto télématique. On ne va pouvoir communiquer qu'entre Québecois et les passerelles avec le reste du monde ne seront pas là. Est-ce que ça ne vous fait pas un peu peur?

R. : Écoutez.

[Il finit un morceau de brie sur craquelin]

Vous me demandez une sorte de connaissance technique du dossier que je n'ai pas. Ça, là... c'est pas moi qui doit juger que tel bidule a telle conséquence et tel autre bidule n'a pas telle conséquence. Avant de me prononcer sur des affaires comme ça, moi, j'écoute les gens qui savent. Là, vous me posez une question, je veux bien la demander à des gens qui savent, mais ne me demandez pas, là, à six heures moins cinq, dans un avion, à moi, qui est un ignare sur ces questions, un ignare bien intentionné, un ignare qui a bien l'intention que les choses aboutissent, mais un ignare, de vous donner un avis là-dessus.


Q. : Les gens qui savent me disent ça, je vous ai répété ce qu'ils me disent: attention au projet UBI...

R. : J'ai vu un certain nombre de démonstrations du procédé et j'ai trouvé ça fascinant.


Q. : Des démonstrations de UBI?

R. :

[Il fait signe que oui, en prenant son verre de vin à deux mains]

... Comme observateur.


Q. : Aussi fascinant qu'Internet?

R. : Oui. Oh oui. Sur certains égards. Mais ça, ça tient à la télévision interactive. Je ne sais pas ce qui tient à UBI. J'ai assisté à des cours où il est possible de s'adresser à des milliers d'étudiants à la fois, de savoir si ce sont les mêmes, au fond, de prendre des présences, par rapport au cours antérieur, arrêter au bout de 20 minutes de cours, poser un certain nombre de questions, recevoir les réponses et faire en sorte que chaque étudiant reçoive sa note chez lui, puis continuer le cours, puis reprendre ça.

Écoutez, j'ai enseigné 35 ans, moi. Moi, je vous dis, avec des techniques comme ça, on ne va plus enseigner de la même façon. On se comprend bien, ça va révolutionner l'enseignement.


Q. : L'Internet permet les mêmes choses.

R. : Ah, bien, je ne sais pas si l'Internet permet les mêmes choses, là...


Q. : Ça pourrait, avec la vidéoconférence. Ça s'en va vers ça. Peut-être pas maintenant.

R. : Écoutez, vous me demandez de comparer des trucs: vous connaissez ça très bien. On me montre des choses. Je regarde Internet, je suis fasciné, je dis: "Je veux l'avoir". On me dit, dans une démonstration d'UBI, là, sur les formes d'enseignement, je dis: "Aille, je veux voir ça", on se comprend. Prenez-moi pas pour un technicien, je n'en suis pas un.

Tout ce que je vous dis, c'est que je ne veux plus jamais que le Québec prenne le retard qu'il a pris dans les choses comme ça. Je ne veux plus jamais qu'on se retrouve devant une révolution technologique, que les adultes ignorent largement, puis qui est poussée par les enfants et par les jeunes. Ça, là, je ne veux plus jamais que ça se reproduire.


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Textes & photos & graphisme : Jean-Hugues Roy; mai 1995
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